En délocalisant une partie des coffee-shops vers la frontière belge, le maire de Maastricht espère éloigner les touristes fumeurs de joints du centre-ville.

Les autorités de la province de Liège, ainsi que le ministre de l'Intérieur et celui de la Justice,
s'entretenaient lors d'une réunion d'information sur la construction de nouveaux coffee-shops à la frontière, il y a deux semaines.
Un supermarché d'une surface de 2000 m² dédié aux paradis artificiels? C'est possible. Un complexe commercial de deux étages, doté d'un parking de 700 places pour mieux servir les «narcotouristes» européens ouvrira ses portes cet été aux Pays-Bas, à quelques centaines de mètres de la frontière belge. La ville de Maastricht vient de donner son feu vert à la construction de ce projet, au grand dam des communes avoisinantes.
En délocalisant 7 des 15 coffee-shops répertoriés dans la cité (où le cannabis est en vente libre), Gerd Leers, le maire de Maastricht, espère débarrasser sa Municipalité des pèlerins adeptes de la fumette. «Chaque jour, entre 3500 et 4000 touristes se rendent dans les coffee-shops du centre-ville, soit plus d'1,5 million de consommateurs par an, explique-t-il. C'est trop. D'autant plus qu'il existe à Maastricht plus d'une centaine d'adresses, tenues par des particuliers en toute illégalité. Ce tourisme de la drogue entraîne de plus en plus de nuisances. C'est pourquoi j'entends prochainement concentrer une partie des coffee-shops en dehors de la ville, sur le trajet des grands axes routiers, afin de mieux surveiller ce commerce et de lutter contre les illégaux.»
Levée de boucliers
Soutenu par les conseillers municipaux et par plusieurs gérants de coffee-shops, le projet du maire, baptisé «boulevard de la drogue» par la presse locale, suscite une levée de boucliers dans les communes belges frontalières. Les autorités concernées craignent que ce supermarché n'incite les amateurs de cannabis à transiter par chez eux et ne pousse leurs jeunes concitoyens à la consommation. Une inquiétude vaine, répond la police néerlandaise, qui affirme que 80 à 90% du trafic en direction de Maastricht passent déjà par la Belgique. Face au tollé général soulevé par cette affaire, Gerd Leers dénonce l'hypocrisie de la loi belge en la matière.
«Les Belges disent à leurs consommateurs qu'ils peuvent avoir trois grammes de haschisch dans leur poche, pour leur usage personnel. Mais où peuvent-ils les acheter, sinon aux Pays-Bas?»
Sept Municipalités belges, flamandes et wallonnes réunies, opposées à l'installation de ce coffee-shop géant, ont néanmoins intenté une action en référé contre la ville de Maastricht. Verdict le 11 mars.


