«Il y a ceux qui restent à la maison, ceux qui pensent à leurs propres intérêts. Ce sont les mêmes qui, consentants, ont permis que le système devienne tel qu'il est. Silencieux, ils regardaient»
Carlo Giuliani.
«Parmi les vieux cahiers d'école de Carlo, j'ai trouvé un écrit de sa main. Il parle de l'histoire de la résistance dans notre pays. A un certain endroit, il écrit ceci: «Il y a ceux qui restent à la maison, ceux qui pensent à leurs propres intérêts. Ce sont les mêmes qui, consentants, ont permis que le système devienne tel qu'il est. Silencieux, ils regardaient». Combien de fois me suis-je demandé: sommes-nous restés à regarder? Face à l'immense tragédie des peuples affamés et assoiffés qui souffrent d'ignorance et de misère, du manque du plus élémentaire droit d'un être humain. Face à la guerre et à l'omnipotence du plus fort, du plus riche qui cherche à imposer son propre modèle de vie, piétinant la culture de l'autre au nom d'un développement unilatéral et égoïste. Face à l'immigré qui vit dans notre ville, que nous rencontrons en rue alors qu'il ne jouit pas des mêmes droits, du même respect et risque chaque jour l'expulsion. Face à toutes ces petites, grandes et infinies injustices, combien de fois sommes-nous restés silencieux? Il existe, c'est vrai, des moments où nous crions notre révolte. Comme en ces jours terribles pour le peuple palestinien. Certains nous accusent d'être des antisémites. C'est faux. Personnellement, j'ai toujours éprouvé et j'éprouverai toujours de la douleur et une profonde solidarité pour les victimes de la Shoah. Mais en quoi les Palestiniens en sont-ils responsables? En quoi les enfants, les femmes et les hommes depuis tant de temps privés de leur terre, qui ont vu leurs arbres abattus, leurs maisons détruites, leurs libertés réduites, en quoi sont-ils responsables? Essayons de ne plus parler de Juifs et de Musulmans, d'Arabes et d'Israéliens: parlons de personnes. Je suis du côté de celui qui est agressé, violenté et dévasté. Et, je ne veux pas rester silencieuse. Carlo n'était pas de ceux qui restaient à regarder. Quand il était au lycée, durant la guerre en Bosnie, il a participé avec une association pour acheminer des vêtements, des vivres et des médicaments aux populations. Il avait commencé à donner son aide à une association luttant contre le Sida. Nous l'avons su plus tard, par ses amis. Le vendredi 20 juillet, il a quitté la maison avec un ami. Il a vu les prétendus black block casser des vitrines et incendier des autos. Il a vu les forces de l'ordre se garder d'intervenir. Sur une place, il a vu les pacifistes se faire agresser par cette même police qui avait tranquillement laissé passer les black block. Il a vu un cortège de jeunes manifestants être chargé durant plusieurs heures sur un parcours autorisé, loin de la zone rouge. Avec eux, il a subi les charges des autopompes, les gaz lacrymogènes, les jets d'eau urticante. Puis, il a vu un pistolet pointé sur un garçon devant lui. Il n'est pas resté à regarder: il a pris un extincteur vide qui roulait à ses pieds pour arrêter ce pistolet. C'est pour ça qu'il a été tué.»
Haidi Giuliani, sa mere.
"La France m'en veut a cause de l'odeur du joint, pense qu'il est plus intelligent de boire du vin."