Le mardi 15 mars 2005
La sécheresse menace la France
Agence France-Presse
Paris
La sécheresse menace sur une grande majorité des régions françaises, après un automne et un hiver particulièrement secs, selon les experts interrogés mardi par l'AFP.
Le risque de pénurie d'eau pour l'été est pris très au sérieux par le gouvernement, qui devait faire le point mardi lors d'un Comité national de suivi des effets de la sécheresse.
Entre octobre et fin février, les précipitations ont été deux fois plus faibles que la normale sur plusieurs régions, constate Météo France. La situation est particulièrement déficitaire en Picardie, ouest des Pays-de-la-Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine, nord de Midi-Pyrénées, Languedoc et Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA).
Il faut remonter 50 ans en arrière pour trouver un automne et un hiver aussi secs en Limousin et Aquitaine, 30 ans en Poitou-Charentes et Champagne, et une vingtaine d'années pour l'Est de la Bretagne et l'ouest des Pays-de-la-Loire, selon Météo France.
Le déficit d'humidité dans les sols est de 50 à 75 % en Picardie, Pays-de-la-Loire, Poitou Charentes, au nord de l'Aquitaine et en PACA. Il faudra être particulièrement vigilant sur les risque d'incendie cet été.
Des restrictions d'usage de l'eau sont déjà en vigueur dans les Deux-Sèvres et la Vienne. Elles pourraient se multiplier dans les mois qui viennent, s'il ne pleut pas au printemps.
À titre d'exemple, 77 départements avaient mis en oeuvre des mesure de restriction d'usage de l'eau pendant l'été caniculaire de 2003.
Or, pour Michel Schneider de Météo France, la situation n'est pas plus brillante cette année. «La sécheresse de 2003 avait débuté en février, alors que cette fois, le déficit de pluviométrie remonte à novembre», observe-t-il.
La neige, abondante cet hiver, aidera un peu, selon le climatologue, mais les quantités ne sont pas énormes et correspondent à un gros épisode pluvieux.
Aujourd'hui, non seulement les sols sont secs en surface, mais beaucoup de nappes souterraines sont à un niveau bas, faute de recharge suffisante pendant l'automne et l'hiver. C'est le cas en Rhône-Alpes, dans le bassin de Paris (Marne, Ardennes, Aube), en Picardie, Poitou-Charentes et Aquitaine notamment.
Météo France et le BRGM (bureau des recherches géologiques et minières) espèrent une ultime recharge grâce à des pluies abondantes d'ici avril. Au delà, les pluies même abondantes ne sont plus efficaces, car elles sont entièrement absorbées par la végétation ou s'évaporent, rappelle le BRGM.
Or, les dix premiers jours de mars ont été très peu arrosés, constate Michel Schneider. «Il a plu partout moins que la normale, par exemple 30 % de moins dans le Sud, début mars», remarque-t-il.
Le Comité sécheresse réuni mardi après-midi fera le point en présence des experts, des différents ministères (Agriculture, Écologie, Intérieur) des agriculteurs et des compagnies d'eau notamment.
«L'objectif est d'anticiper pour maintenir les usages prioritaires de l'eau c'est à dire l'approvisionnement en eau potable», rappelle Grégory Boinel, en charge de la sécheresse au ministère de l'Écologie.
L'enjeu principal réside pour le ministère dans les prélèvements agricoles, arrosage et irrigation, qui «pompent» 80 % de la consommation d'eau l'été dans la plupart des régions.
Les ministères de l'Agriculture et de l'Écologie ont appelé le 7 mars les agriculteurs à économiser l'eau et à planter si possible des cultures peu gourmandes en eau au printemps.
Premier signe d'optimisme: selon M. Boinel, les agriculteurs prévoient de planter cette année 6 % de surfaces en moins en maïs-grain, particulièrement vorace en eau.


