Cannabis anxiogène, anxiolytique?

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GuyGadebois

Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#1 Message non lu par GuyGadebois »

Anxiété :
Le cannabis, est-il anxiogène, anxiolytique ou les deux à la fois ?

Réponses :

* Institut de Médecine des USA
Bien que l'euphorie constitue la réaction dominante quand on fume du cannabis, des effets inverses peuvent survenir. De telles réactions apparaissent plus fréquemment chez des usagers inexpérimentés après l'inhalation ou la prise orale de fortes doses de cannabis. Elles disparaissent habituellement dans les heures qui suivent et évoluent favorablement lors d'une mise en confiance ou en présence d'un climat amical. L'Anxiété et la paranoïa sont les effets aigus indésirables les plus habituels, mais on peut aussi rencontrer des accès de panique, de dépression, de dysphorie, de dépersonnalisation, de délire, d'illusions et des hallucinations.
Source: Joy JE, Watson SJ, Benson JA, eds. Marijuana and medicine: Assessing the science base. Institute of Medicine. Washington DC: National Academy Press, 1999.


* Institut de Médecine des USA
L'état d'exaltation (état "stone") associé au cannabis n'est généralement pas mis en avant pour sa valeur thérapeutique. Mais une amélioration de l'humeur, une réduction de l'anxiété, et un léger effet sédatif constituent des critères de qualité thérapeutique recherchés surtout chez des patients souffrant la douleur et l'anxiété. De ce fait, bien que les effets psychotropes du cannabis soient simplement des effets parallèles dans le traitement de certains symptômes, ils sont susceptibles de venir contribuer directement au soulagement d'autres signes pathologiques.
Source: Joy JE, Watson SJ, Benson JA, eds. Marijuana and medicine: Assessing the science base. Institute of Medicine. Washington DC: National Academy Press, 1999.


* Giovanni Marciano et collègues
Nous montrons ici que le système des cannabinoïdes endogènes joue un rôle central dans la fonction d'extinction des mauvais souvenirs (dégoût, répulsion). (…)
On a conditionné des souris pour leur apprendre à associer une tonalité acoustique à un choc électrique. Après la période de conditionnement les animaux se mettaient à trembler quand ils entendaient cette fréquence sonore. Cette réponse qui sera ensuite utilisée comme indicateur référentiel de mémoire d'aversion, s'éteint progressivement dans le temps avec la répétition du même stimulis tonal. (...) Chez des souris privées de récepteurs aux cannabinoïdes CB1, on a trouvé de fortes perturbations des périodes d'extinction à court et à long terme de la mémoire d'aversion (mauvais souvenirs) (...).
Nos découvertes suggérent avant tout que le système des cannabinoïdes endogènes peut être pris pour cible thérapeutique dans le traitement d'affections associées à une mémorisation exagérée des mauvais souvenirs ou à une réponse inadéquate aux situations d'aversion telles que les désordres du stress post-traumatique, les phobies et certaines formes de douleurs chroniques.
Modifié d'après : Marsicano.G, et al .The endocannabinoid system - extinguishing fear related memories in mice. The finding might have implications for treating anxiety disorders in humans.


* Pankaj Sah
Marciano et ses collègues proposent un nouveau rôle au système des cannabinoïdes endogènes: l'extinction des souvenirs rattachés à un sentiment de peur, chez la souris. Cette découverte pourrait avoir des implications dans le traitement des troubles anxieux chez l'homme. Nous élaborons des souvenirs selon des processus différents dont l'un est le conditionnement pavlovien - l'exemple classique étant le chien de Pavlov qui avait appris à se préparer pour la nourriture à chaque fois qu'il entendait une sonnerie. Nous formons tous de telles associations, par exemple, nous pouvons mettre en relation un air de musique bien particulier avec notre première expérience amoureuse. Mais la connexion n'est pas forcément toujours aussi agréable. Imaginez-vous en train de vous promener tranquillement dans un parc quand, soudain, une personne armée vient vous menacer. Pendant cette agression vous êtes terrifié; votre cœur bat la chamade et vous transpirez des mains. Vous courez pour vous échapper. Plus tard, vous pourriez vous rendre compte que le fait de revenir dans le même parc peut évoquer la mémoire de l'agression dans ses moindres détails, jusqu'à transpirer des mains. (...) On a argumenté sur l'idée que le circuit neuronal du conditionnement de la peur avait des similarités avec celui qui contrôle les conditions cliniques d'apparition de la peur comme les désordres du stress lié au choc post-traumatique. Dans ce cas, les thérapies comportementales incluant la désensibilisation systématique et les thérapies par l'image, se partagent le rôle avec l'extinction mnésique. Cette découverte que les cannabinoïdes endogènes contribuent à l'extinction renforce la possibilité pour des drogues qui prennent ces molécules et leurs récepteurs pour cibles, de constituer de nouveaux traitements utiles pour les désordres anxieux. Il existe, finalement, de nombreux témoignages de patients qui font une grande consommation de cannabis aux débuts de l'installation d'un désordre psychiatrique. On a souvent pensé que cela renforçait l'évolution de la maladie mais il est possible, au contraire, qu'il s'agisse d'une forme d'automédication face aux situations d'extrême anxiété vécues alors par ces gens.
Source: Sah P. Neurobiology: Never fear, cannabinoids are here. Nature 2002;418(6897):488-9.


* Franjo Grotenhermen
J'aimerais présenter le cas du succès d'un usage de cannabis lors d'attaques de panique. Un suisse qui souffrait d'attaques de panique m'a confié récemment que l'usage de cannabis l'avait fortement aidé entre les attaques. Il n'en faisait pas usage pendant les attaques puisqu'il était alors déjà trop tard.
Les attaques avaient débuté environ neuf mois avant sans cause identifiable et survenaient presque journellement. Il souffrait également de nausées, de perte d'appétit et de vertiges. Son médecin lui avait prescrit des médicaments puissants qu'il ne voulait pas prendre en permanence. Il consommait du cannabis depuis cinq mois maintenant à raison de trois fois par semaine. Les attaques de panique avaient diminué en fréquence et en intensité. Les vertiges et les nausées avaient complètement disparus et l'appétit lui revenait. Les attaques de panique aussi avaient presque disparu.
Source: Grotenhermen F. Kann Cannabis bei einer aufkommenden Panikattacke sinnvoll eingesetzt werden? [Can cannabis be used in an arising panic attack?] Hanf-Magazin, September 2002.

http://www.cannabis-med.org/french/nav/home-faq.htm

« C’est quoi un Bad Trip ? »

Il s’agit d’une intoxication aiguë avec malaise physique et/ou psychologique dû à une absorption trop importante de cannabis ou à une consommation dans de mauvaises conditions (anxiété, contexte insécurisant…).

Cet état peut mener à une véritable attaque de panique avec sensation de mourir.



« Le joint peut-il provoquer des angoisses ? »

L’effet recherché avec le joint est principalement la détente. Cependant, il est difficile de savoir quel sera exactement l’effet ressenti après une consommation. Il dépend notamment de l’humeur de la personne qui consomme, de ce qu’elle vit à ce moment-là, du contexte dans lequel la consommation a lieu, mais aussi du produit consommé (teneur en THC, mélange). Ainsi, les effets peuvent aussi être désagréables (bad trip).

Par ailleurs, une consommation régulière de cannabis peut entraîner un état dépressif, un état anxieux, une irritabilité chez le consommateur.



« Peut-on devenir schizophrène en fumant du cannabis ? »

]La maturation du système nerveux de l’être humain n’est terminée qu’à 18 ans. C’est un fait biologique. Le processus que les spécialistes appellent « pruning » ou « élagage » des neurones, indispensable pour finaliser la maturation des neurones, est intense vers 15 à 16 ans ; l’usage de cannabis interfère négativement au niveau de ce processus.

Le risque de développer une schizophrénie jeune adulte (à l’âge de 26 ans) est maximal lorsqu’on fume du cannabis à l’âge de 15 à 16 ans ; ce risque dépend de la quantité consommée et de l’âge du consommateur.




« Consommer du cannabis nuit-il au cerveau ? »

Consommer du cannabis n’endommage pas le cerveau comme la cocaïne ou l’alcool peuvent le faire. Cependant, le cannabis a un effet sur la mémoire immédiate et diminue les capacités d’apprendre des choses nouvelles ou de s’en souvenir. Le cannabis modifie aussi la perception visuelle, la vigilance et les réflexes. Ces effets sont réversibles à l’arrêt de la consommation.

Néanmoins, un début de consommation à la préadolescence (avant l’âge de 16 ans) peut conduire à des effets persistants sur certaines fonctions d’attention à l’âge adulte.
http://www2.prov-liege.be/pointcannabis/pages/what.php

Pour mettre mon grain de sel, je dirais que les effets négatifs du cannabis peuvent être décuplés par les produits de coupage* du shit acheté dans la rue ainsi que par les réactions irresponsables (moqueries, par ex) de ses compagnons de fumette.
Lorsqu'une attaque de panique ou d'angoisse prend l'un de vos camarades, il faut absolument l'entourer, le rassurer, lui parler jusqu'à ce que ça passe. Surtout pas le laisser seul.

*Rappel : Le CRISP est un projet d’étude qui consiste en l’analyse de « barrettes » d’origines marocaines saisies par les douanes britanniques depuis 2001. On y apprend que certains échantillons contiennent à peine 10 à 20% de résine de chanvre. Pour exemple, l’un d’eux était composé à 80% de terre.

Les principales impuretés identifiées jusqu’à présent sont : réglisse, cirage, cire d’abeille, résine de pin, henné, café, huile de moteur, déjections animales, lait en poudre ; et aussi aspirine, ketamine, colle, toluène et benzène en quantités démesurées... Quand on sait que ces deux derniers produits présentent à eux seuls de graves risques d’empoisonnement, y compris des dommages sur le foie et les reins, on a du mal à être rassuré par les rapports de l’OFDT qui trouve plus intéressant de diaboliser la soi-disant explosion du taux de THC contenu dans le chanvre que de s’occuper de ce qui est véritablement toxique dans la résine de chanvre.

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elrindell
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Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#2 Message non lu par elrindell »

« C’est quoi un Bad Trip ? »

Il s’agit d’une intoxication aiguë avec malaise physique et/ou psychologique dû à une absorption trop importante de cannabis ou à une consommation dans de mauvaises conditions (anxiété, contexte insécurisant…).

Cet état peut mener à une véritable attaque de panique avec sensation de mourir.
Je croyais qu'il n'y avait pas de bad trip avec le canna :lol:
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Pinkman
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Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#3 Message non lu par Pinkman »

overdose ya pas

Astrey01

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#4 Message non lu par Astrey01 »

Yop!
Ben tout est dit:
"on a du mal à être rassuré par les rapports de l’OFDT qui trouve plus intéressant de diaboliser la soi-disant explosion du taux de THC contenu dans le chanvre que de s’occuper de ce qui est véritablement toxique dans la résine de chanvre."

Alors un grand merci au ministrere de la Santé, le ministere de l interieur et puis au petit nain!

GuyGadebois

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#5 Message non lu par GuyGadebois »

Astrey01 a écrit :Yop!
Ben tout est dit:
"on a du mal à être rassuré par les rapports de l’OFDT qui trouve plus intéressant de diaboliser la soi-disant explosion du taux de THC contenu dans le chanvre que de s’occuper de ce qui est véritablement toxique dans la résine de chanvre."

Alors un grand merci au ministrere de la Santé, le ministere de l interieur et puis au petit nain!
Laisser ce produit aux mains des mafias/trafiquants est non seulement irresponsable, mais je dirais carrément criminel, et ce pour toutes les drogues.
Ceci dit, je plains les jeunes qui fument des herbes de folie pour leur premier joint car vu les effets qu'elles procurent, y'a de quoi avoir la trouille quand on s'attend à quelque chose de "cool". La faute à la banalisation du canna qui est considéré (à tort) comme récréatif et comme "l'herbe qui fait rire".
Quand j'ai commencé, le shit était peu ou pas coupé (quand il l'était, c'était au henné) mais le plus souvent de piètre qualité, l'herbe était rare, mais le tout venant était en grande majorité, beaucoup moins forts qu'aujourd'hui.
Dernière modification par GuyGadebois le 05 févr. 2008, 17:11, modifié 1 fois.

Astrey01

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#6 Message non lu par Astrey01 »

Re
"mais je dirais carrément criminel"
Le probleme c est que t es pas pres de voir Mohamed 254 du Maroc devant les tribunaux francais, ni le nabot et sa clique de vautour d ailleurs qui sont la a prendre leur billet!
Buisness is buisness!
Le meilleur moyen de casser tt cet merde c est l autoprod...

GuyGadebois

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#7 Message non lu par GuyGadebois »

Astrey01 a écrit :Re
"mais je dirais carrément criminel"
Le probleme c est que t es pas pres de voir Mohamed 254 du Maroc devant les tribunaux francais, ni le nabot et sa clique de vautour d ailleurs qui sont la a prendre leur billet!
Buisness is buisness!
Le meilleur moyen de casser tt cet merde c est l autoprod...
En effet.

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bld01
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Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#8 Message non lu par bld01 »

on a du mal à être rassuré par les rapports de l’OFDT qui trouve plus intéressant de diaboliser la soi-disant explosion du taux de THC contenu dans le chanvre que de s’occuper de ce qui est véritablement toxique dans la résine de chanvre
Yop all,

Quand on me dit :"L'herbe de maintenant est plus dangeureuse parce qu'elle est plus forte", je réponds que c'est pas vrai car avec du chichon de piètre qualité, il me faut 7-8 petards par soirée pour atteindre l'état voulu, (niveau de petage ou je me sens cool). Par contre, avec une beu bien forte, je ne fume que 2 -3 petards par soirée, donc je fume moins donc, c'est meilleur pour la santé. :wink: Maintenant, cet argument ne convainc que les convaincus et est tres difficile a faire admettre, c'est pourtant la vérité.

Maintenant, c'est clair que il doit y avoir du toxique dans la canna, comme les graisses des hamburgers du macdo sont toxiques aussi, je cite une phrase lue dans "les plantes des dieux" de Albert Hofmann et Richard Evans Schultes : "Il est du poison en toutes choses, qu'une chose devienne poison ou pas, ne dépend que de la dose."

bld01
- Sellafield 2 will release the same amount of radioactivity into the environment as Tschernobyl every 4,5 years.
- Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn. IA'H CTHULHU! IA'H DAGON!
- travail : du latin : trepalium, instrument de torture....
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Niko
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Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#9 Message non lu par Niko »

Fille de joie Guy, t'es lourd.
Port ferme le post sur le bad, et toi, tu reouvres un truc pour chercher la polemique....

Franchement, vas sur cannaweed comme tu nous l'avais promis, la bas, tu trouveras des gens a ton niveau

metallicseed

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#10 Message non lu par metallicseed »

Niko surenchéris pas, là c'était clean je crois que rien que de voir le poilu tout vert ça t'hérisse les poils. :wink:

Niko
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Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#11 Message non lu par Niko »

clean pas sur.
Franchement, ca se voit comme le nez au milieu de la figure

metallicseed

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#12 Message non lu par metallicseed »

Bon ca peut deraper rapidement c'est sûr et en cliquant la première fois sur ce lien j'me suis dit mais quel cherche caca ce guy, mais le topic est pas encore pourris :wink:

GuyGadebois

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#13 Message non lu par GuyGadebois »

metallicseed a écrit :Bon ca peut deraper rapidement c'est sûr et en cliquant la première fois sur ce lien j'me suis dit mais quel cherche caca ce guy, mais le topic est pas encore pourris :wink:
Preuve qu'il vaut mieux se focaliser sur le contenu que sur le contenant. :wink:

metallicseed

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#14 Message non lu par metallicseed »

Je sais guy :wink: mais vu ce qu'il c'est passé juste avant je comprend Niko,
par contre vous avez un point commun, vous êtes 2 casses bonbons :mdr: allez :jesors: et je vous laisse discuter des bons et mauvais voyages :wink:

GuyGadebois

Re: Cannabis anxiogène, anxiolytique?

#15 Message non lu par GuyGadebois »

Prévention des consommations de substances psycho-actives chez les jeunes et les adolescents



1. Introduction



Il y a lieu de rappeler, en guise de liminaire, que l'usage de substances psychoactives chez l'adulte a comme source commune la recherche d’états modifiés de conscience. Certaines sont très banales comme le chocolat, les tisanes, le thé, le café. D’autres sont plus identifiées à des médicaments: les antidouleurs, la codéine, les anxiolytiques…D'autres encore comme des drogues: l’alcool, le tabac, le cannabis, l’héroïne, la cocaïne. Mais, il n’y a pas que les substances qui peuvent entraîner des états modifiés de conscience, certains comportements sont typiques en ce sens. Le plus courant est la sexualité. Les sportifs diront qu’après une demi-heure d’entraînement, ils se sentent tout autres. Il en va de même dans le jeu, dans la relaxation, la méditation, la danse… Par ailleurs, il y a également lieu de rappeler que l'usage de substances psychoactives est un phénomène universel, ubiquitaire et typiquement humain, du moins chez les adultes. Universel, dans la mesure où, dans l’histoire, on ne connaît pas de civilisation qui n’ait pas utilisé de telles substances. Ubiquitaire, dans la mesure où ce genre de comportement se rencontre partout sur la planète. Typiquement humain dans la mesure où seuls les humains prennent ces substances alors qu’ils ne sont pas en état de besoin par rapport à celles-ci et qu’ils ne sont pas en souffrance. Même plus, dans toutes les sociétés, le premier geste d’accueil, lorsqu’on reçoit un humain est de lui offrir une telle substance : une tasse de café, le calumet de la paix, un verre de saké, une feuille de bétel… Dans les sociétés animistes, il s’agit d’un rite important qui permet d’identifier si la personne devant vous est un humain ou un esprit malfaisant. La toxicomanie ne consiste donc pas à être malade parce que l’on use d’un produit, mais bien plus parce qu’on ne sait plus l’user adéquatement. En ce sens, la toxicomanie est une maladie de gestion plutôt qu'une maladie de produit.

Par ailleurs, on parlera davantage d'usage doux ou dur de substances que de substances dures ou douces en tant que telles. Bien-sûr, certains produits sont plus addictifs que d'autres, mais leur addictivité dépend aussi de la pureté de ceux-ci, de leur demi-vie (plus elle est courte plus ils risquent d'être addictifs) et des additifs consommés simultanément avec la substance (ammoniaque rajouté au tabac par exemple). Mais, à côté du produit lui-même, le mode d'utilisation a également son impact. Les produits consommés en intraveineux ou par inhalation produisant un effet immédiat, sont beaucoup plus addictifs que ceux consommés par ingestion, en décoction ou en intramusculaire. En ce sens, la cigarette, utilisée en inhalation pulmonaire et dont la nicotine a une courte durée d'action, peut être considérée comme une drogue dure. Enfin la ritualisation sociale de la consommation de ces substances semble un garant important contre l'évolution toxicomaniaque (en groupe versus seul, cadré dans certains lieux à certains moments -fêtes sacrées ou laïques-, limitation dans le temps…)



Aspects particuliers de l'enfance et l'adolescence

Ces considérations liminaires concernent les adultes et si elles sont cohérentes par rapport à des personnes arrivées à une maturation physiologique et psychique, elles ne peuvent bien sûr être extrapolées telles quelles au monde de l'enfance et de l'adolescence.

1. Développement neurophysiologique de l'enfant et de l'adolescent:

L'enfance se caractérise par une prolifération importante des cellules neuronales et surtout du nombre de connexions que chaque neurone peut établir avec les autres. Le travail biologique de l'adolescence consistera à un élagage parmi ces connexion afin d'augmenter les performances intellectuelles et opérationnelles du cerveau en supprimant les connexions inutiles et en renforçant les pathways opérationnels. Tant l'environnement, que la maturation psychoaffective, que l'usage de substances psycho-actives quelles qu'elles soient (alcool, tabac, drogue, médicaments…) peuvent altérer cette maturation physiologique. C'est pourquoi, on ne conseillera l'usage de substances psycho-actives pendant la période de croissance qu'avec la plus grande circonspection. (toutes -ou quasi toutes- les notices pharmaceutiques des médicaments de type pyscho-actif mentionnent que ces médicaments ne peuvent être administrés ou sont à administrer avec prudence aux enfants et jeunes en croissance).

2. Prise de risque dans l'adolescence:

La prise de risque est une étape tant pédagogique que d'autonomisation de l'adolescent. Après la période de l'enfance, où les parents et les éducateurs ont une fonction principale de protection et de stimulation, la période de l'adolescence va se caractériser par un apprentissage progressif de la prise de risque par rapport à la vie en général. A quel âge trouve-t-on normal qu'un enfant boive du café? (Il y a lieu de se remémorer ici que le café, il y a deux siècles d'ici, était considéré comme une drogue. Pour rappel la cantate du café de J.S. Bach où une jeune fille n’accepte de se marier au parangon proposé par son père qu'à condition qu'il lui permette de boire du café quand elle veut!) Ces prises de risques ne concernent pas que les substances, mais l'ensemble des comportements: à quel âge un adolescent pourra-t-il circuler librement dans la ville en vélo ou à mobylette, à quel âge est–il autorisé à aller seul à une boum ou un concert, à quel âge est-il 'normal' d'avoir sa première relation sexuelle? Les parents et les éducateurs vont donc les initier progressivement à une prise de risque responsable.

Par ailleurs, le parcours d'autonomisation sain de l'adolescent, va entraîner chez lui des prises de risques complémentaires, au-delà de ceux cadrés par les parents et les éducateurs. Ces prises de risques ne sont pas sans danger (la première cause de mortalité des jeunes reste les accidents de roulage caractérisés par l'excès de vitesse et l'inexpérience). Mais ces prises de risques sont également l'occasion de tester les limites (leurs limites, celles de règles sociales et familiales, celles des autres) et sont également formatrices de l'identité psychique. Néanmoins, cela exige de la part des éducateurs et des parents de ne pas être démissionnaires et au contraire, de maintenir des limites stables et cohérentes, protectrices de ces débordements. Ne dit-on pas que pour que de jeunes taureaux fassent des cornes solides, il faut toujours mettre un mur de bois avant le mur de pierre?

Comme le dit le rapport INSERM1 "Ce processus est net chez les adolescents et renvoie à la théorie des comportements à risque qui place le phénomène au centre des explications des consommations de cannabis chez les jeunes." Par ailleurs: "D'une manière générale, il semble que les gens manifestant des comportements à risque aient tendance à les multiplier… Une consommation importante de tabac se trouve souvent associée à d'autres déterminants négatifs de la santé"2 Enfin, "Ajoutons que les jeunes sont plus nombreux à présenter un comportement à risque dans les régions où les adultes sont également plus nombreux à adopter ce comportement."3 Cette constatation souligne l'importance des modèles vicariants. Dans la prise de risque, l'adolescent délimitera les limites d'alerte ou de transgression, en fonction de modèles parentaux et des autres adultes qu'il apprend à découvrir dans les différentes sphères sociales qu'il expérimente. De ces comparaisons, en sortira une hiérarchie de valeurs propres à chacun et parmi ces valeurs, les comportements de santé. A côté de ces modèles parentaux, d'autres facteurs interviennent aussi dans les comportements de santé. "Un seul et même modèle est susceptible d'expliquer l'expérimentation d'alcool, de cannabis ou de tabac. Ce modèle est relativement net à l'adolescence… Ce modèle met en jeu trois facteurs qui interviennent conjointement dans l'initiation à la consommation: le contexte familial, la situation scolaire et l'influence des pairs (camarades)."4 Ainsi, la bonne intégration et l'ambiance du milieu scolaire (et son inverse le décrochage scolaire) sont des dimensions à prendre en compte dans les approches de prévention globale.

Par ailleurs, la prise de risque nécessite la conscience qu'il y a risque. Or, il n'est pas évident que l’adolescent perçoit que, lorsqu'il accepte une cigarette, il prend une substance qui a un effet psychoactif et dont 80% deviendront toxicodépendants. N'agit-il pas par simple mimétisme par rapport à ses camarades ? De même, l'usage de certaines substances est intimement lié à l'appartenance à des sous-cultures spécifiques (amphétamines ou ecstasy et dancings). L'apparente banalité de la drogue se présentant comme un simple comprimé voire un bonbon, n'incite pas le jeune à se douter qu'il ingère un produit qui peut entraîner des destructions neuronales.

3. Le rapport à l'autorité

L'autonomie est le défi majeur de l'adolescence. Or, souvenons-nous que ce terme provient d'auto (soi-même) et nomos (la loi): être guidé par ses propres lois. L'adolescence est donc le passage de l'hétéronomie à l'autonomie, ce qui n'est pas sans poser nombre de problèmes dans ses rapports à l'autorité qui est sans cesse testée, remise en question. Les messages, qu'ils soient interdicteurs ou préventifs, sont systématiquement mis en doute et mis à l'épreuve afin de mesurer leur pertinence et de pouvoir les intégrer (ou les rejeter). Cependant, au moment de l'adolescence, la mise à l'épreuve est immédiate et ne repose, pas encore, sur la probabilité temporelle d'occurence d'événements à long terme. Les adolescents sont immortels!



La perte des normes collectives:

Le besoin d’appartenance s’étaye notamment sur le partage de valeurs communes. Or, nous vivons dans une société multiculturelle, multiethnique qui ne partage pas nécessairement les mêmes valeurs ou la même hiérarchie de valeurs. De plus, au sein même de notre culture, nous constatons une perte du sens dans les valeurs collectives. En témoigne la perte de confiance généralisée des Belges dans les institutions et en particulier la Justice. Ce qui fait craindre aux sociologues une évolution de la société vers l’anomie. Anomie : alpha privatif et nomos. Une société où il n’y aurait plus de lois universellement partagées par tous les citoyens, mais autant de lois que de petits groupes distincts qui fonctionneraient finalement sur un mode maffieux.

"La société industrielle a révolutionné l'ensemble des modes de vie et placé les adolescents dans un monde où ils ont de plus en plus de mal à trouver leur place. L'accroissement des difficultés d'accès à l'emploi, l'incompréhension croissante du monde adulte, la disparition des grands rites de passage, laissent l'adolescent dans un univers amer où il lui est impossible de résoudre ses conflits. Dans ce contexte le recours aux drogues n'est, au départ, qu'une façon parmi d'autres de s'affirmer"5






2. Prévention tabac et alcool ensemble chez les jeunes et les adolescents



"Dès l'âge de 13 ans, 30 à 60% des jeunes, selon l'année d'enquête et le type d'enseignement ont déjà fumé du tabac au moins une fois… Dès l'âge de 13 ans, la plupart des jeunes (>90%) ont déjà consommé une boisson alcoolisée sous forme de bière, de vin, de cidre, d'apéritif ou de liqueur."6

Devant ces chiffres il y a lieu d'être prudents et d'éviter les amalgames rapides dans les deux sens. On sait d'une part que dans la population adulte 85% des belges ont consommé au moins une fois de l'alcool dans l'année mais que seuls 8% en consomment quotidiennement7, alors que 'seuls' 30% des belges ont consommé du tabac mais que 80% d'entre eux sont des consommateurs réguliers8. Il y a cependant lieu de tenir compte que "La consommation hebdomadaire moyenne d'alcool (tous âges confondus) varie considérablement suivant les habitudes tabagiques. Les non-fumeurs boivent, en moyenne, 3,5 verres par semaine tandis que les anciens fumeurs en boivent 6,7, les fumeurs modérés 7,7 et les gros fumeurs vont jusqu'à boire trois fois plus que les non-fumeurs puisque leur consommation moyenne s'élève à 10,3 verres par semaine. On compte aussi plus du double de buveurs journaliers parmi les fumeurs que parmi les non- fumeurs. Si l'on considère que boire plus de 6 verres le même jour au moins une fois par mois est un abus d'alcool, il y a trois fois plus d'abuseurs dans le groupe des gros fumeurs par rapport à celui des personnes n'ayant jamais fumé."9 C'est dire que l'usage d'alcool et de tabac doit être considéré comme indissociablement lié.

Pour les jeunes, il y a également lieu de distinguer une consommation occasionnelle d'un verre de champagne à la Nouvelle Année, d'une consommation banalisée de bière ou d'alcoopops. Une étude récente de l'OMS10 a évalué les comportements de santé chez les jeunes et adolescents scolarisés dans une série de pays européens et américains. Dans le tableau ci-dessous est repris le % de jeunes de 11, 13 et 15 ans qui ont bu de l'alcool la semaine dernière, qui ont déjà été saouls au moins deux fois, qui n'ont jamais bu d'alcool et qui ont fumé la semaine dernière. Ainsi l'on constate que dès l'âge de 11 ans 5% des garçons consomment régulièrement de la bière, du vin ou des spiritueux et qu'à 13 ans 10% fument régulièrement! Or, "Persons who start smoking early have more difficulty quitting, are more likely to become heavy smokers, and are more likely develop a smoking-related desease"11 Le même rapport de l'OMS analyse les comportements associés à une consommation précoce et des comportements de santé à risque et met bien en évidence les liens qui existent. Une consommation précoce d'alcool est associée avec une grosse consommation de tabac et inversement de même qu'avec le fait de passer beaucoup de temps en soirée avec les copains. Par ailleurs, "Students from countries that report the low rate of tobacco experimentation at age 11 tend to be those who report the lowest level through ages 13 and 15"12. Une des conclusions reportée en la matière par l'OMS dans le rapport HBSC, en ce qui concerne la comparabilité des données par rapport à 1994 était: "The starkest quality of the picture is the increase in tobacco experimentation across age groups (11, 13 &15 years old), found in all countries and for both gender… Clearly, then, the legisaltion in all countries that attemps to control cigarette avaibility is either nor fully enforced or inefffective"13.

Enfin, il y a lieu de pointer également "Although most young persons who use tobacco do not use illicit drugs, when further drug involvment does occur, it is typically sequential: from use of tobacco or alcohol to use marijuana, and from marijuana to other illicit drugs or prescription of psychoactive drugs"14





"L'étude des comportements à risque des adolescents est toujours –et souvent à juste titre- perçue comme très préoccupante. On ne peut donc que plaider pour un renforcement de programmes préventifs multiaxiaux de promotion de la santé alliant le travail avec les groupes de jeunes et celui sur l'environnement"15 "School based programmes and community interventions involving parents, mass media, and community organisations appear to have a stronger impact over time when they work in tandem rather than as separate, stand alone interventions… While several studies suggest that the enforcement of youth access can lead to reductions in illegal sales to minor, the evidence that this actually translates into reduced tobacco consumption is limited… The litterature to date appears to suggest that youth obtain tobacco products from a wide variety of sources, including social sources"16 Cependant, même si la limitation d'accès au tabac aux mineurs ou aux jeunes semble avoir une efficacité limitée sans renforcement de la loi, elle représente une limite symbolique qui n'est pas sans fonction sur le comportement des jeunes en quête de mise à l'épreuve des règles et des limites. Il y a lieu de rappeler ici qu'en Europe seuls le Danemark, la France, la Grèce, le Portugal, la Suisse et la Belgique ne mettent pas d'âge légal à l'achat de tabac. Bien sûr, cette mesure prise isolément, ne peut qu'avoir peu d'effet sans une action plus globale à tous les niveaux: "School based tobacco prevention education programs that focus on skills training approaches have proven effective in reducing the onset of smoking, according to numerous independant studies… To be most effective, school based programs must target young before they initiate tobacco use or drop out of school"17



3. Prévention tabac-alcool-cannabis chez les jeunes et les adolescents



"L'usage combiné de drogues doit tenir compte des rapports entre la consommation de produits légaux –alcool et cigarettes- et la prise de drogues illicites. En effet, la consommation répétée ou "toxicomaniaque" d'alcool et de cigarettes est un facteur fortement associé à l'usage de produits illicites"18 Cette constatation a été faite également aux Etats Unis :"Tobacco is often the first drug used by young people who use alcohol and illegal drugs"19 "Among American adolescents in the 1970s (Kandel & Davies 1972) the use of alcohol and tobacco typically preceded the use of cannabis"20

A propos de 'l'innocuité' du cannabis

Malgré les messages actuels ramenant à leur juste mesure les 'méfaits' du cannabis et relativisant la diabolisation qui en a été faite21, et notamment qui met en évidence que la toute grande majorité des usagers de cannabis sont occasionnels ou modérés, il y a lieu cependant de ne pas tomber dans l'excès inverse. D'abord, et avant tout, il y a lieu de rappeler que les études actuelles portent sur des ADULTES essentiellement consommateurs modérés et qu'à l'heure actuelle aucune extrapolation ne peut être inférée à partir de résultats portant sur des adultes à des enfants ou des adolescents en pleine croissance tant que des études spécifiques sur ces groupes d'âge n'ont pas été réalisées. Par ailleurs, il existe parmi les usagers, un groupe de Heavy Users, heureusement limité quantitativement, mais qui présente incontestablement des troubles du comportement particulièrement problématiques. Il faut insister sur le fait que 'l'innocuité' relative du cannabis est généralement établie en comparaison avec le tabac dont on connaît bien la toxicité. Même plus, il semblerait que si le "THC does not directly damage the pulmonary system, the combustion compounds do it" et que 'The tar phase of marijuana smoke contains about 50 per cent more of certain carcinogens than a comparable quantity of unfiltred tobacco. On the one hand, the mode of consumption is different: no filter is used and inhalation is deeper. On the other hand, the combustion temperature and the concentration of Benzopyrene are higher. Benzopyrene plays an important role in human cancer. Moreover, THC has a bronchodilatator effect that is likeley to promote tar retention in the area of upper respiratory tract"22 Enfin, la manière la plus usuelle de consommer du cannabis est de l'associer au tabac. La question à se poser est de savoir si la plupart des consommateurs de cannabis ne deviennent pas des usagers réguliers de ce dernier, n'en deviennent-ils pas pour la plupart des consommateurs réguliers de tabac, dont la toxicité est bien démontrée? Des données provenant de l'Observatoire Français des drogues vont dans ce sens, dans une enquête portant sur les 15-19 ans : "L'usage du tabac et de l'alcool est souvent associé à celui du cannabis. Les trois-quarts des expérimentateurs de cannabis déclarent fumer du tabac, ne serait-ce que de temps en temps. Ils sont 55% à fumer régulièrement…. Plus de la moitié des usagers de cannabis déclarent consommer régulièrement de l'alcool. Plus de 79% des expérimentateurs déclarent avoir été ivres au moins une fois au cours de leur vie"23 Ne pas intégrer le cannabis dans la prévention Tabac-Alcool serait dès lors laisser une porte d'entrée tabac dans la prévention et risquer d'annuler l'effet des autres programmes.

Outre l'impact du cannabis sur la santé physique et les autres produits associés, il est bon d'avoir en mémoire qu'au-delà de son effet euphorisant qui dure à peine quelques heures, celui-ci a un effet sur le système cognitif (troubles de l'attention, mémoire, fluidité verbale…) qui peut durer de 24 à 48 heures. Il est évident, que face à un étudiant, dont la fonction principale est d'apprendre, un usage même modéré, mais régulier (quotidien) va rentrer en compétition avec cette fonction.





4. Prévention de l'usage de drogues chez les jeunes et les adolescents



Il a été discuté longtemps quant à savoir si le cannabis était la porte d'entrée vers les autres drogues illicites. Cette crainte reposait sur la constatation que quasi la totalité des toxicomanes aux drogues illégales avaient commencé par le cannabis. L'approche scientifique actuelle tend à affirmer qu'il n'y a aucune évidence démontrée en ce sens24. Cette conviction reposait en fait sur un syllogisme commun: en effet si tous les chats ont une queue, tout ce qui a une queue n'est pas un chat! Néanmoins, "in some vulnerable individuals, cannabis may be associated with a cross-sensitisation to others drugs. The challenge will be to indentify the specific characteristics of this potential vulnerability"25.

Il semble que face au passage vers d'autres drogues, l'on ne puisse pas faire l'économie de la question de la distribution et de la vente du cannabis. En effet, si celle-ci n'est pas régularisée et légalisée, le consommateur même occasionnel sera obligé de continuer à se fournir chez les mêmes dealers qui proposent des drogues illicites. Il va de soi que, même si ces derniers étaient honnêtes, ils auraient tout avantage, dans une économie de marché, à essayer de vendre d'autres produits plus addictifs et plus rentables financièrement.

L'augmentation de consommation d'ecstasy et d'amphétamines est également une question préoccupante. Outre leur apparente banalité (pilules de couleurs attrayantes), leur accès particulièrement facile dans les discothèques et le signe d'appartenance à la sous-culture, deux problèmes majeurs s'ajoutent: la piètre qualité –voire la toxicité- des produits distribués et les publications scientifiques récentes attirant l'attention sur la destruction neuronale. La piètre qualité des produits est, une fois de plus, en relation avec le circuit de vente et de distribution de la substance qui ne connaît aucun contrôle de production, les dealers ayant tout avantage à vendre un produit moins coûteux, composé parfois de substances très toxiques, d'autant qu'il s'agit souvent de clients néophytes. Quant à la toxicité physique de l'ecstasy, il y a lieu de rappeler, que comme les dérivés d'amphétamines, elle augmente la fréquence cardiaque et diminue la sensation de fatigue et peut entraîner, suite au fait que le consommateur ne cesse de danser en même temps, une déshydratation et également une augmentation de la température corporelle (musculaire) pouvant conduire à la mort. Outre ces effets bien connus, il a été démontré, du moins chez les rats, qu'une prise unique d'ecstasy entraîne une destruction neuronale significative. Pour des raisons techniques, la mise en évidence de ce phénomène n'a pas pu encore être réalisée chez l'humain. Ces considérations nous invitent, dès lors, à la plus grande prudence, en particulier par rapport à des jeunes et des adolescents n'ayant pas achevé leur croissance.



5. Conclusions



Il serait utopique d'espérer une société où les hommes ne rechercheraient pas des états modifiés de conscience. Et dès lors, il y a lieu de s'orienter vers une analyse des différents processus possibles pour atteindre certains états modifiés de conscience (comme dit précédemment un certain nombre d'états modifiés de conscience peuvent être obtenus sans substance) ainsi que de l'apprentissage et de la maturité nécessaires pour pouvoir les aborder avec un minimum de risques. La prévention doit tant s'attarder à éviter que des adolescents ne rentrent dans un comportement pouvant les amener à devenir addictifs, tant tenir compte des glissements pouvant s'opérer ou des alternatives efficientes et moins dangereuses.

Cette conscientisation des risques et le fait qu'en faisant de telles démarches il est recherché des états modifiés de conscience doivent par ailleurs être collectives et pas seulement centrées sur les enfants en privilégiant les attitudes de santé et de qualité de vie dans la population.

En guise de conclusion, nous pouvons ici reprendre les synthèses et recommandations du rapport INSERM 2001: "Tabac, alcool et cannabis partagent les mêmes déterminants sociaux pour l'initiation de la consommation." "Les adolescents chez qui les déficits de compétences sont rapportés semblent plus susceptibles d'être impliqués dans l'usage d'alcool ou de cannabis et d'augmenter ensuite leur consommation" "Certains troubles du comportement apparaissent associés à l'usage répété du cannabis: consommation régulière d'autres substances psychoactives telles que le tabac et l'alcool (y compris recherche de l'ivresse alcoolique). Les liaisons retrouvées sont toujours plus fortes chez les filles que chez les garçons… Un tabagisme précoce est également un facteur de risque de consommation abusive de cannabis."26


Prof. Philippe Corten

29 mars 2002

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