Indoor dangereuse????
Publié : 04 mai 2003, 19:46
Article paru dans le journal Suisse Romand "Le Matin" du 04.05.2003
LA OU SE CACHE L'HERBE
SUISSE La dépénalisation du cannabis n’est pas encore gagnée: poussées à fond dans des hangars ou des caves, les plantes produisent de l’herbe qui «éclate toujours plus la tête»
BLAISE WILLA
03 mai 2003
Regardez bien ces images: elles n’ont pas été prises à Zurich, encore moins au Tessin, où la police vient de lancer une opération massive contre la culture du chanvre «indoor», arrêtant une quarantaine de personnes. Ces photographies, ce sont celles de caves et appartements privés de Lausanne, de Genève ou de Fribourg, parfois en pleine ville, souvent en bordure d’agglomération. Les agriculteurs en herbe, âgés de 20 à 30 ans – mais aussi mineurs –, ont investi plusieurs centaines de francs, pour certains, dealers aguerris, plusieurs milliers, pour élever des plantes de chanvre «qui pètent» bien. Ils ont fait l’acquisition de lampes, de systèmes d’aération et d’arrosage sophistiqués, d’engrais chimiques, ils consomment régulièrement et vendent aussi. De la bonne beuh se négocie aujourd’hui à 10 francs le gramme, pour autant qu’elle «éclate la tête». Stressées, dopées, engraisséesJeudi, lorsque les conseillers nationaux entameront leur discussion sur la dépénalisation du cannabis – après que le Conseil des Etats a approuvé le projet il y a plus d’une année et demie –, ils devront se souvenir que la belle époque du joint soixante-huitard, celle qui a motivé, il y a quelques années, la volonté de dépénaliser, est révolue. Aujourd’hui, comme le constate Olivier Guéniat, chef de la Sûreté neuchâteloise, un joint peut vous mettre à terre.«On va voter sur quelque chose qu’on ne connaît pas, relève le chef de la brigade des stups vaudois, Christian Hochstaettler. Il y a une évolution qui fait que le chanvre est plus dangereux qu’avant. Les variétés se sont multipliées, le taux de THC (substance active du chanvre) a augmenté et engendre une forme de dépendance. Et, comme en Suisse on travaille bien, les Suisses sont hélas devenus de «bons» producteurs!» Dans ses saisies — dont la fréquence, en ces périodes grises de promesses de libéralisation, peut varier d’un canton à l’autre — la police tombe donc sur des plantes qui n’ont plus grand-chose à voir avec le chanvre dit «biologique». Les cultures, à coups, parfois, de 100 m2, sont stressées, dopées, engraissées afin d’augmenter leurs effets psychotropes et le nombre de récoltes annuelles. Ce que les consommateurs, du moins ceux qui s’approvisionnent au lucratif marché noir, ignorent ou oublient, c’est ce qu’ils fument: de la marijuana, certes, mais aussi des herbicides, des pesticides, des antiparasitaires, autant de produits toxiques qu’on emploie avec prudence dans l’agriculture. Et aussi qu’ils sont exploités comme de vulgaires consommateurs...Etat de guerre à venirLes tenants de la dépénalisation sont certains que l’adoption de la révision de la LStup balaiera ces écueils: libre marché, donc fin du marché noir. A Berne, on s’est déjà mis à rêver de taxer le cannabis, avant même de penser prévention. Les problèmes, pourtant, sont là: dépénaliser, d’accord, mais comment? L’ordonnance d’application en est à sa énième version et les points noirs se multiplient. Qui pourra acheter? Planter? Combien? Où? Qui pourra vendre? A quel taux de THC? Les polices redoutent déjà cet état de guerre qui mettrait un agent derrière chaque pot de chanvre. Un point, surtout, inquiète: que l’on interdise la vente aux moins de 16 ou 18 ans, les mineurs continueront à fumer, et on sait qu’ils sont nombreux. Où iront-ils? Au marché noir, celui-là même que la nouvelle loi devait faire disparaître. Ils seront vite rejoints par tous ceux qu’une taxe étatique rebute ou qu’un joint au THC plafonné ne fait pas suffisamment voler...
Qu'en pensez-vous?
a+
Swiss.canna.biz
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SUISSE La dépénalisation du cannabis n’est pas encore gagnée: poussées à fond dans des hangars ou des caves, les plantes produisent de l’herbe qui «éclate toujours plus la tête»
BLAISE WILLA
03 mai 2003
Regardez bien ces images: elles n’ont pas été prises à Zurich, encore moins au Tessin, où la police vient de lancer une opération massive contre la culture du chanvre «indoor», arrêtant une quarantaine de personnes. Ces photographies, ce sont celles de caves et appartements privés de Lausanne, de Genève ou de Fribourg, parfois en pleine ville, souvent en bordure d’agglomération. Les agriculteurs en herbe, âgés de 20 à 30 ans – mais aussi mineurs –, ont investi plusieurs centaines de francs, pour certains, dealers aguerris, plusieurs milliers, pour élever des plantes de chanvre «qui pètent» bien. Ils ont fait l’acquisition de lampes, de systèmes d’aération et d’arrosage sophistiqués, d’engrais chimiques, ils consomment régulièrement et vendent aussi. De la bonne beuh se négocie aujourd’hui à 10 francs le gramme, pour autant qu’elle «éclate la tête». Stressées, dopées, engraisséesJeudi, lorsque les conseillers nationaux entameront leur discussion sur la dépénalisation du cannabis – après que le Conseil des Etats a approuvé le projet il y a plus d’une année et demie –, ils devront se souvenir que la belle époque du joint soixante-huitard, celle qui a motivé, il y a quelques années, la volonté de dépénaliser, est révolue. Aujourd’hui, comme le constate Olivier Guéniat, chef de la Sûreté neuchâteloise, un joint peut vous mettre à terre.«On va voter sur quelque chose qu’on ne connaît pas, relève le chef de la brigade des stups vaudois, Christian Hochstaettler. Il y a une évolution qui fait que le chanvre est plus dangereux qu’avant. Les variétés se sont multipliées, le taux de THC (substance active du chanvre) a augmenté et engendre une forme de dépendance. Et, comme en Suisse on travaille bien, les Suisses sont hélas devenus de «bons» producteurs!» Dans ses saisies — dont la fréquence, en ces périodes grises de promesses de libéralisation, peut varier d’un canton à l’autre — la police tombe donc sur des plantes qui n’ont plus grand-chose à voir avec le chanvre dit «biologique». Les cultures, à coups, parfois, de 100 m2, sont stressées, dopées, engraissées afin d’augmenter leurs effets psychotropes et le nombre de récoltes annuelles. Ce que les consommateurs, du moins ceux qui s’approvisionnent au lucratif marché noir, ignorent ou oublient, c’est ce qu’ils fument: de la marijuana, certes, mais aussi des herbicides, des pesticides, des antiparasitaires, autant de produits toxiques qu’on emploie avec prudence dans l’agriculture. Et aussi qu’ils sont exploités comme de vulgaires consommateurs...Etat de guerre à venirLes tenants de la dépénalisation sont certains que l’adoption de la révision de la LStup balaiera ces écueils: libre marché, donc fin du marché noir. A Berne, on s’est déjà mis à rêver de taxer le cannabis, avant même de penser prévention. Les problèmes, pourtant, sont là: dépénaliser, d’accord, mais comment? L’ordonnance d’application en est à sa énième version et les points noirs se multiplient. Qui pourra acheter? Planter? Combien? Où? Qui pourra vendre? A quel taux de THC? Les polices redoutent déjà cet état de guerre qui mettrait un agent derrière chaque pot de chanvre. Un point, surtout, inquiète: que l’on interdise la vente aux moins de 16 ou 18 ans, les mineurs continueront à fumer, et on sait qu’ils sont nombreux. Où iront-ils? Au marché noir, celui-là même que la nouvelle loi devait faire disparaître. Ils seront vite rejoints par tous ceux qu’une taxe étatique rebute ou qu’un joint au THC plafonné ne fait pas suffisamment voler...
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