☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vous ☆☆
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fejar
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
C'est clair les espagnols / catalans , ils ont tout compris !!!! ....
- Tahiti_Bob
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Légalisation du cannabis : le débat relancé au Maroc
Après les associations en 2008, des parlementaires de l'Istiqlal et du Parti de l'authenticité et de la modernité reviennent à la charge.Des officiels et des gendarmes s'apprêtent à brûler des lots de cannabis en mai 2013 près de Casablanca.
Des projets de loi ont été déposés par les deux formations politiques pour demander la légalisation de la culture à des fins thérapeutiques et industrielles et solliciter l'amnistie pour les 48 000 cultivateurs qui vivent en semi-clandestinité dans le nord du pays. L'Istiqlal propose que la culture du cannabis soit limitée à cinq régions, Al Hoceima, Chefchaouen, Ouazzane, Tétouan et Taounate, tandis qu'une agence étatique devrait se charger de contrôler l'exploitation et la commercialisation.
Au Maroc, la culture du cannabis est officiellement prohibée. Dans les faits, en vertu d'un dahir de 1917 (décret royal), elle est tolérée dans la région de Ketama-Issaguen, fief historique berbère situé dans les montagnes du Rif. Dans cette région rebelle qui n'a cessé de s'opposer au pouvoir, le cannabis est cultivé depuis le 15e siècle. À l'indépendance du Maroc en 1956, le roi Mohammed V, grand-père du souverain actuel, a tenté de l'interdire, mais a fait marche arrière devant la colère des Rifains. Aujourd'hui, le cannabis demeure la source principale de revenus pour les paysans. Une situation ubuesque où la culture n'est ni totalement interdite ni totalement légale.
Quatre-vingt-dix mille familles concernées
"Nous devons sortir les petits cultivateurs du trafic et des chiffres de la drogue et nous attaquer à ceux qui maîtrisent le trafic", explique Chakib Al Khayari, figure de proue du combat associatif pour la légalisation du cannabis et président de l'Association Rif des droits humains (ARDH). Il faut en effet dire que le cannabis marocain qui inonde la quasi-totalité des marchés européens rapporte principalement aux barons locaux, tandis que les petits cultivateurs végètent. Au total, près de 90 000 familles s'adonnent à la culture du cannabis.
Selon le dernier rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), paru fin juin, le Maroc continue d'être le principal producteur mondial de cannabis, avec plus de 38 000 tonnes en 2012, loin devant le Mexique (12 166 tonnes) et l'Afghanistan (1 400 tonnes). Dans le royaume chérifien, les surfaces totales cultivées sont estimées à 52 000 hectares, contre 130 000 il y a dix ans environ. Des chiffres à prendre avec des pincettes, car depuis 2005, les experts de l'ONUDC ne sont pas autorisés à venir sur place pour enquêter. De fait, ces données sont celles transmises par les autorités marocaines.
Un débat vif entre les partis
"C'est une bonne chose que les parlementaires s'emparent du débat sur la légalisation du cannabis, mais les projets de loi ont été déposés dans la précipitation. Il y a de nombreux points qui ne sont pas abordés. Le sujet mérite un débat national sur plusieurs années, avec la participation des associations et des cultivateurs, mais aussi celle d'experts, de médecins, d'économistes, de juristes", relève Chakib Al Khayari, qui craint qu'une telle précipitation ne torpille le projet.
Selon la presse marocaine, l'empressement de l'Istiqlal et du Parti de l'authenticité et de la modernité (PAM) s'expliquerait par des visées électoralistes, en vue des prochaines communales de 2015. Le Rif est un réservoir de voix non négligeable, d'environ un million d'électeurs. "Une surenchère électorale inacceptable", a ainsi déclaré Abdellah Bouanou, député du Parti de la justice et du développement, parti islamiste au pouvoir, dans une sortie fin juin à la Chambre des représentants.
Pour autant, le PJD n'est pas opposé à travailler sur la question de la légalisation du cannabis, tout comme un autre parti, l'Union constitutionnelle. "Sur le fond, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) n'est pas contre. Notre collectif avait envoyé un texte à tous les groupes parlementaires dès 2012 et le PJD avait répondu favorablement à l'idée d'engager des discussions. Légaliser le cannabis n'est pas une fin en soi, c'est un moyen. Le but ultime c'est de développer la région du Rif et de lutter contre le trafic illicite", rappelle Chakib Al Khayari. C'est que la lutte contre le trafic de cannabis au Maroc reste un sujet délicat. Le militant en sait quelque chose. Il a déjà passé deux ans et demi en prison pour avoir dénoncé le trafic de drogue à Nador.
source : http://www.lepoint.fr/afrique/actualite ... 5_2031.php
Etats-Unis : Washington, DC, votera en novembre sur la légalisation du cannabis
Le projet de réglementation soumis à référendum dans la capitale américaine prévoit l'autorisation pour les plus de 21 ans de posséder un peu plus de 50 grammes de cannabis.
Les résidents de la capitale fédérale américaine, Washington, DC, vont voter en novembre pour savoir s'ils suivent leurs compatriotes des Etats du Colorado (ouest) et de Washington (nord-ouest) et ainsi légaliser l'usage récréatif du cannabis.
L'objet de ce référendum a été accepté mercredi 6 août par le Board of Elections (l'autorité d'organisation des élections). Les partisans de la légalisation du cannabis ont recueilli 57 000 signatures, plus du double de ce qui était requis, sur une pétition destinée à inclure ce sujet pour les élections du 4 novembre.
Si elle est adoptée, la proposition relative au cannabis permettrait aux adultes de plus de 21 ans d'en posséder un peu plus de 50 grammes, de donner (mais pas de vendre) jusqu'à 25 grammes à d'autres adultes et de cultiver jusqu'à trois plants de marijuana à leur domicile.
Le cannabis demeure illégal selon la loi fédérale, mais les Etats du Colorado et de Washington sont devenus les deux premiers à en légaliser la possession de petites quantités. Par ailleurs, 23 Etats américains en permettent la vente à des fins thérapeutiques. C'est la cas notamment de la capitale, Washington, DC, qui a même décriminalisé la possession de cannabis en juillet : celle-ci n'est désormais plus passible que d'une simple amende.
Les Etats-Unis changent de position sur le cannabis
Seuls deux Etats ont légalisé le cannabis à des fins récréatives, mais il est autorisé pour usage médical dans une vingtaine.
source : http://www.lemonde.fr/ameriques/article ... _3222.html
Vous ne pouvez pas consulter les pièces jointes insérées à ce message.
Quand on voit ce qu’on voit, quand on entend ce qu’on entend et quand on sait ce qu’on sait, je m' dis qu' on a bien raison de penser ce qu’on pense.
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Vafancoulo
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Légalisation du cannabis (1/6). Le Colorado, fier d'être un laboratoire
11 août 2014 | Par Iris Deroeux - Mediapart.fr
Dans le 3D Cannabis Center, à Denver. © Iris Deroeux
Sept mois après l’entrée en vigueur des lois autorisant la culture, la vente et la consommation de cannabis à usage récréatif dans le Colorado, les touristes affluent, le business de la marijuana et les taxes qu'il rapporte explosent, le cadre réglementaire évolue quasi quotidiennement… Reportage dans un État laboratoire, regardé de près par Washington.
États-Unis, correspondance. Comme l’indique le grand panneau d’affichage vert délavé, sur le parking, le 3D Cannabis Center est un « dispensaire discret ». Une grande bâtisse sans charme, installée entre des garages et des hangars, en bordure d’une route nationale, l’une des nombreuses voies rapides encerclant ou traversant Denver, capitale du Colorado. À l’intérieur, c’est une véritable ruche. Quarante employés s’affairent dans quelque 1 000 m2 dédiés au cannabis, de la culture à la vente. Une fois montré patte blanche – une carte d’identité –, les adultes de plus de 21 ans peuvent rejoindre la file d’attente afin d’acheter, en toute légalité, de la marijuana. Il y en a pour tous les goûts. Une cinquantaine de marijuanas aux “saveurs” différentes, plus ou moins puissantes selon leur dosage en THC (substance pharmacologique qui produit les effets du chanvre), sont vendues sous forme de joint pré-roulé, au gramme, dans des bonbons, des gâteaux, des sodas et même des savons ou des pommades « antirhumatismes ».
Dans le 3D Cannabis Center, à Denver. © Iris Deroeux
Pas question de consommer sur place, en revanche. Denver n’est pas Amsterdam, il n’y a pas de coffee shops autorisant la marijuana dans le Colorado, du moins pas encore. Car le premier État américain à avoir légalisé le cannabis connaît des bouleversements quasi quotidiens. Depuis l’entrée en vigueur des lois légalisant l’usage récréatif de la marijuana, en janvier 2014, l’industrie grossit à vitesse grand V, les règles changent et s’adaptent continuellement et derrière les portes discrètes de ces « dispensaires », on sent une certaine surexcitation.
Toni Fox, à la tête du 3D Cannabis Center. © Iris Deroeux
Toni Fox, à la tête du 3D Cannabis Center, veut nous montrer le centre sous son meilleur jour : propre, sérieux, parfaitement réglementaire. Et extrêmement rentable. La fondatrice des lieux, dont le commerce précédent était de vendre des fontaines, nous promène à travers un dédale de couloirs et de pièces, « une ancienne salle des fêtes », tout en livrant son premier bilan. « Avec mon mari, on a commencé par vendre de la marijuana médicale, en 2010. Mais la concurrence est rude, il y a plus de 500 dispensaires à Denver. On s’est donc entièrement convertis à la marijuana à usage récréatif en janvier dernier. Et on a fait plus de profit en trois mois qu’en trois ans. Désormais, on génère près de 10 000 dollars par jour, avec une moyenne de 150 clients quotidiens, dont 60 % sont des touristes », raconte-t-elle, sourire aux lèvres, tout en gardant l’œil sur les opérations en cours. Un homme rentre, lui demande quand ils pourront prendre le temps de discuter : « C’est mon imprimeur, il veut s’y mettre lui aussi, nous glisse-t-elle. Tout le monde veut s’y mettre. »
On repart de là légèrement assommée par toutes ces informations et l’odeur lourde de cannabis qui emplit les lieux, mais de plus en plus intriguée par ce qui est en train de se dérouler ici. Le Colorado s’est lancé dans une expérience inédite en légalisant la culture, la vente et la consommation de cannabis. Il se retrouve à servir de laboratoire, et l’assume. Tout le monde ici, des autorités jusqu’aux nouveaux venus dans cette industrie bourgeonnante, prend le temps de témoigner et d’expliquer les règles, les défis, les zones d’ombre… Avec une certaine fierté : celle d’être le premier État américain à l’avoir fait.
Cela remonte à novembre 2012, lors d’élections générales américaines au cours desquelles la population de quelques États était aussi appelée à se prononcer sur différents référendums d’initiative populaire (pouvant être organisés après qu’une pétition a recueilli un nombre suffisant de signatures). Dans le Colorado, l’État de Washington et l’Oregon, la légalisation de l’usage récréatif du cannabis était à l’ordre du jour. Les deux premiers ont voté en sa faveur, à 56 % des suffrages dans l’État de Washington, à 55,3 % dans le Colorado. Ils ont adopté des lois légèrement différentes, et le Colorado fut beaucoup plus rapide à les mettre en place : le cannabis y est disponible à la vente depuis janvier 2014, tandis que les premiers magasins – moins de dix – viennent juste d’obtenir leur licence d’exploitation dans l’État de Washington.
Le Colorado a opté pour un amendement à sa constitution : l’amendement 64, donnant naissance à des lois autorisant et encadrant la consommation, la vente et la culture du cannabis aux adultes de plus de 21 ans. Parmi les règles de base : les résidents de l'État peuvent posséder jusqu’à une once de marijuana (une mesure commune aux États-Unis, équivalent à 28,3 grammes) et les touristes jusqu'à un quart de once qu'ils peuvent acheter dans des points de vente opérant sous licence. Les résidents peuvent aussi cultiver à domicile jusqu’à six plants, ce qui reste illégal dans l’État de Washington.
Ne jamais parler du plaisir
Brian Vicente, dans son bureau. © I.D
« Le cœur de notre message a consisté à dire que le cannabis pouvait être taxé et régulé comme l’alcool », nous explique Brian Vicente, l’un des principaux auteurs de l’amendement, à la tête de Vicente Sederberg, un cabinet d’avocats et de consultants spécialisés dans le cannabis. Il précise que cet amendement légalise aussi le chanvre industriel dans le Colorado, notamment utilisé dans la papeterie, mais dont la culture est toujours interdite par les autorités fédérales.
Le Colorado se retrouve ainsi dans une situation exceptionnelle : il a certes légalisé le cannabis, mais celui-ci reste considéré par les lois fédérales américaines comme une drogue dangereuse, illicite, dont la consommation et la vente sont punies. La relative tranquillité des acteurs locaux impliqués dans cette nouvelle industrie tient seulement à la position adoptée par l’administration Obama sur le sujet : en août 2013, celle-ci prévenait par communiqué les gouverneurs du Colorado et de l’État de Washington qu’elle renonçait « à son droit de contester les lois portant sur la légalisation » du cannabis. Tant que les lois locales sont respectées, elle laisse faire.
En pleine expérimentation, le Colorado a donc fixé un cadre contraignant pour cette nouvelle industrie, cadre qui continue d’être précisé et modifié par le Parlement local. La marijuana à usage récréatif est d'abord taxée : elle est sujette à trois impôts différents, totalisant 13 % d’impôt sur les ventes et 15 % de droit d’accise (un impôt indirect portant sur les quantités produites et non sur la valeur du produit). La taxation était l’un des principaux arguments des associations pro-légalisation battant le pavé avant le référendum : un cannabis taxé peut rapporter gros à l’État. La promesse fut ainsi faite de réinvestir les 40 premiers millions de dollars ainsi levés dans la reconstruction des écoles.
Il s’agit ensuite de l’emplacement des points de vente, nécessairement éloignés des écoles, ou encore du type de publicité autorisé sur le sujet. Le cannabis ne peut être fumé dans l’espace public, ni même en voiture.
« Il a fallu trouver des compromis lors de la rédaction de la loi. Tous les résidents de l’État peuvent posséder jusqu’à 28,3 grammes de cannabis. En revanche, chaque ville et comté est libre d’autoriser ou non la vente de cannabis, et de définir les lieux où celui-ci peut être consommé, par exemple dans des bars, poursuit Brian Vicente, notant que c’est désormais un nouvel objet de débats dans l’État. Le cannabis a beau être légal, il y a finalement peu d’endroits où il peut être fumé, à part chez soi. »
Pour parvenir à ce niveau de réforme, il a déjà fallu que plusieurs associations locales et nationales pro-légalisation unissent leurs forces et investissent de l’argent dans la campagne, notamment en payant de coûteux spots publicitaires. Cette campagne a associé des locaux, comme Brian Vicente, à des associations nationales, comme leMarijuana Policy Project (le plus gros soutien financier à cette campagne pour l’amendement 64), la Drug Policy Alliance, le réseau National organization for the reform of the marijuana laws (NORML), l’ACLU, grande association américaine de défense des droits civiques, ou encore une grande association étudiante du Colorado. Il leur a fallu quasiment deux ans pour recueillir les signatures nécessaires à l’organisation du référendum, et pour que le « oui » l’emporte. « Entre 2011 et 2012, on a dépensé quelque 2,5 millions de dollars pour y parvenir », note Brian Vicente. Leurs arguments ? Certainement pas le plaisir que peut procurer la marijuana.
© Iris Deroeux
« On a mené un travail éducatif de longue haleine afin de dédiaboliser la marijuana, en expliquant par exemple qu’elle faisait moins de ravages que l’alcool », explique Mason Tvert de l'antenne locale du Marijuana Policy Project, à Denver. Une association qui avait déjà soutenu un premier référendum sur la légalisation dans l’État, en 2006, sans succès. « On a adouci un peu ce message ensuite, en disant surtout qu’on pouvait réguler le cannabis comme l’alcool », poursuit Art Way de la Drug Policy Alliance. « C’est une approche pragmatique : on ne réussit pas à se débarrasser des drogues alors il faut tenter autre chose. »
Ils ont encore souligné l’échec de l’approche américaine répressive, dominée par une justice criminelle sévère, même lorsqu’il s’agit de la possession de quelques grammes de marijuana, et « dont font surtout les frais les pauvres et les gens de couleur », insiste Art Way. La communauté afro-américaine est en effet celle qui souffre le plus du recours aux peines planchers dans les affaires de stupéfiants ; des peines d'autant plus lourdes que s'y ajoute la “loi des trois coups”, selon laquelle un délinquant commettant une troisième infraction, même mineure, se voit condamné à une peine allant de vingt-cinq ans de prison à la perpétuité.
Ces associations ont enfin eu recours à l’argument libertarien, soulignant l’importance des libertés individuelles, un argument séduisant pour l’électorat conservateur, enclin à repousser toute forme d’interventionnisme des autorités fédérales. Si la population s’est montrée réceptive, c’est aussi parce que le cannabis était déjà très présent dans l’État. Certains insistent sur l’héritage des années 1960, notamment dans des villes comme Boulder ou Paonia, foyers de la contre-culture nichés au pied des Rocheuses où des fermes ont cultivé discrètement la plante étoilée pendant des années. « Il y a un cocktail intéressant ici, entre les traces laissées par les hippies et la mentalité héritée des pionniers du “Far West”, notamment cet attachement fort aux libertés individuelles », glisse l’avocat Brian Vicente.
Sujet permanent de conversation
Plus décisive encore, il y eut, en 2000, via référendum, la légalisation du cannabis thérapeutique. La loi autorisa alors des patients souffrant de maladies diverses, allant des « douleurs chroniques » jusqu’aux cancers et au VIH, à posséder jusqu’à 56 grammes de cannabis thérapeutique et à cultiver chez eux jusqu’à six plants. Les patients sont d’abord tenus d’obtenir un avis médical et une ordonnance, dite « carte rouge », valable pour un an. Ils peuvent ensuite se fournir auprès de dispensaires et de « fournisseurs de soins », appellation désignant toute personne cultivant à domicile et ayant l’autorisation de fournir du cannabis thérapeutique à cinq autres personnes. Ces lois, assez floues, difficiles à faire respecter à la lettre, ont progressivement donné naissance à un grand marché de production et de distribution de cannabis thérapeutique dans l’État, dépassant largement le cadre « médical ».
En 2009, quand l’administration Obama a annoncé qu’elle ne comptait pas s’en prendre aux fournisseurs de marijuana médicale s’ils respectaient les lois locales, le nombre de dispensaires a littéralement explosé dans l’État. « Sauf qu’on manquait de règles pour les encadrer », nous explique Ron Kammerzell, directeur de la division de la marijuana du Colorado, une branche du département des revenus (déjà chargée de la supervision des débits d’alcool et des casinos). « L’État a donc légiféré a posteriori, en 2010, en créant notre division. Notre mission consiste désormais à accorder les licences aux dispensaires, après avoir vérifié les antécédents des fondateurs ou encore la provenance de leurs fonds », poursuit-il, indiquant que ses 55 agents y travaillent, en collaboration avec les forces de l’ordre, la police locale et la Drug Enforcement Administration (DEA).
Ces détails administratifs sont importants car c’est sur ce système qu’est venu se greffer le commerce du cannabis à usage récréatif. Logiquement, depuis la légalisation, la même division se retrouve en effet à superviser les nouveaux exploitants. Les législateurs leur ont simplifié la tâche : dans un premier temps, seuls des dispensaires déjà licenciés pour distribuer du cannabis thérapeutique ont pu obtenir l’autorisation de produire et de vendre de la marijuana à usage récréatif. Et de l’avis de Ron Kammerzell, la greffe a pris. « On avait déjà vérifié leurs antécédents, on les connaissait déjà. On était prêts », résume-t-il, notant que la division a distribué plus de 200 licences de vente de marijuana à usage récréatif depuis janvier dans le Colorado.
Sept mois après l’entrée en vigueur des nouvelles lois, l’État semble en effet intégrer le cannabis à usage récréatif sans accroc. Avec de fortes disparités cependant, puisque la loi permet à chaque ville ou chaque comté d’autoriser ou non l’ouverture de points de vente.
Art Way, de la Drug Policy Alliance. © I.D
« Denver et Boulder (au nord de la capitale de l’État – ndlr) mènent la danse », résume Art Way, de la Drug Policy Alliance. Autrement dit, c’est ici qu’ouvrent la plupart des magasins, servant de laboratoires pour les autres localités, observant avant de se décider. À Colorado Springs, enclave conservatrice au sud de Denver, les autorités interdisent pour le moment la vente du cannabis à usage récréatif. Dans le comté de Pueblo au contraire, c’est une première : les bars vont bientôt pouvoir, s’ils le veulent, laisser leurs clients fumer de la marijuana en extérieur, dans des patios, ou à l’intérieur, sous forme d'huile inhalée par cigarette électronique.
À travers l’État, le cannabis est devenu l’un des sujets de conversation favoris. Une femme entre deux âges avoue qu’il est peut-être temps « d’essayer un cookie », un chauffeur de taxi reconnaît être fraîchement arrivé dans le Colorado « pour la marijuana », et tous ceux que l’on croise se demandent combien cette nouvelle industrie va véritablement rapporter à l’État.
Les autorités en sont conscientes et communiquent de plus en plus sur le sujet. La division de la marijuana publie désormais des données mensuelles. Pour le mois de mai, les taxes prélevées sur la vente de cannabis thérapeutique et récréatif s’élèvent à 4,7 millions de dollars pour le seul Colorado. Entre janvier et mai, 23,6 millions de dollars (17,6 millions d'euros) de taxes ont ainsi été collectés. Il est toujours prévu que les 40 premiers millions de dollars levés grâce au cannabis récréatif soient alloués à un fonds d’aide à la reconstruction des écoles.
Ensuite, le débat se poursuit au parlement local sur le meilleur moyen d’utiliser les sommes déposées chaque mois sur le Marijuana Tax Fund. Une part est dédiée à la production de « matériel » de prévention et d’éducation. Le Parlement vient encore d’allouer 10 millions de dollars à la recherche sur la marijuana médicale (lire un prochain article de cette série).
Un employé du 3D Cannabis Center. © I.D
Pendant ce temps, un autre débat se poursuit, sur le prix du cannabis à usage récréatif cette fois-ci. Est-il trop cher ? Il est manifestement plus onéreux que le cannabis thérapeutique, seulement taxé à 2,9 %. Dans les points de vente du Colorado, un quart de once de marijuana (7 grammes) vaut entre 100 et 160 dollars. Il est donc presque deux fois plus cher que sur le marché noir selon les calculs de Priceofweed.com, qui se base sur les prix et données fournis anonymement par des internautes consommant du cannabis.
Comment inciter les Coloradiens à se tourner vers le cannabis légal ? Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le sujet. « Il est évident que certains vont continuer à se fournir auprès de leur dealer, du moins dans un premier temps. D’autant que c’est un marché noir avec des produits de bonne qualité, de l’herbe qui pousse dans la région. Mais je pense que les gens sont prêts à payer pour être dans la légalité. Et du point de vue des dealers, ce n’est pas non plus un business très rentable, c’est surtout une forme de revenus d’appoint. À un moment donné, il est préférable d’essayer de rejoindre l’industrie légale », analyse Art Way, de la Drug Policy Alliance.
De son côté, la division de la marijuana est très fière de présenter son système de traçabilité et d’inventaire de la marijuana. Chaque plante cultivée légalement doit être équipée d’une petite étiquette comportant un code-barres. « Celui-ci permet de suivre la plante de la graine à la vente », explique Ron Kammerzell. Et ainsi de vérifier que toutes les plantes cultivées par cette industrie ont bel et bien été vendues légalement, au comptoir, et non au marché noir, dans le Colorado ou d’autres États.
Barack et Hillary
Si le marché noir a encore de beaux jours devant lui, le cannabis « légal » semble faire fureur, à en juger par le nombre de gens qui se pressent dans les points de vente. ÀThe Farm, dispensaire et magasin de cannabis récréatif situé à Boulder, il faut compter une demi-heure d’attente avant d’avoir l’attention d’un « budtender » (nom des barmen vendant le cannabis) et de se voir conseiller telle ou telle marijuana, plus ou moins puissante. Au menu, figurent du cannabis dit indica ou sativa (deux espèces dont la principale différence est que le second a tendance à être plus fortement dosée en THC), ainsi que des « hybrides », croisant les deux.
Les budtenders proposent surtout des variétés mises au point par le dispensaire lui-même, comme la Alpha blue, « aux effets apaisants, recommandée pour calmer des douleurs, bonne comme médecine de jour » ; la Blue dream, « fruitée, sucrée, bonne pour avoir le sourire ou provoquer des rêves », ou encore la Sunset Haze, censée ne pas être trop puissante, « mêlant bien l’effet gentiment euphorique à l’effet relaxant », nous explique encore le jeune homme derrière le comptoir.
Dans la file, des jeunes et des moins jeunes, des adultes en famille, des clients au look de motards tatoués autant que des hommes portant d’élégantes chemises, des locaux et beaucoup de touristes. Tous repartent avec une pochette hermétique contenant leur marijuana, dont la fermeture complexe est censée résister à l’assaut d’un enfant en bas âge.
Un étal dans un dispensaire de Denver. © I.D
Les sceptiques et opposants à la légalisation, eux, ne voient pas d’un bon œil ce succès commercial. Ils se concentrent sur les chiffres indiquant des retombées négatives : le développement d’un « tourisme de la drogue », par exemple. Mi-juillet, une étude a en effet indiqué que les revenus générés par les ventes de la marijuana récréative venaient en grande majorité de non-résidents.
Ils insistent encore sur le nombre de consommateurs de marijuana impliqués dans des accidents de la route, plus nombreux dans le Colorado qu’ailleurs, selon une étude récente (qui ne précise pas si les conducteurs étaient sous l’effet du psychotrope au moment de l’accident). Mais comme le soulignait le Denver Post, le quotidien local, aucune étude ne peut encore permettre de conclure que le cannabis a pour effet une violence et une agressivité particulières, au volant ou ailleurs, dans l’État.
Finalement, après sept mois de légalisation, le principal problème qui se pose concerne les mets infusés au cannabis, dits « edibles », tels que les gâteaux, les sucreries, ou les sodas. Il y eut notamment l’éditorial de Maureen Dowd, journaliste du New York Times, racontant en juin son « bad trip » de plusieurs heures, coincée à l’hôtel, après avoir mangé une barre chocolatée infusée au cannabis. Un article très repris sur les réseaux sociaux, sur un ton moqueur ou inquiet, notamment ce genre d’extraits : « J’ai à peine réussi à me traîner du bureau au lit, où je me suis effondrée dans un état hallucinatoire pendant les huit heures suivantes. »
« On ne s’attendait pas à ce que les gens en abusent, comme des débutants, mais on aurait dû s’y préparer », glisse Art Way de la Drug Policy Alliance. « Il y a un problème d’éducation sur ces produits. Et puis, il y a des choses qui n’ont pas de sens, qu’il faut rectifier, comme de vendre un cookie contenant dix doses de cannabis, c’est beaucoup trop… Les associations et les autorités travaillent donc à l’instauration de règles de bon sens pour encadrer l’industrie », explique Brian Vicente. Ces règles concernent par exemple le packaging, en imposant des emballages sécurisés ou en interdisant de reproduire les formes et couleurs des bonbons. Ou encore de précisions techniques, comme l’obligation de prédécouper une plaquette de chocolat en morceaux, en indiquant la quantité de cannabis contenue dans chaque morceau.
L’« industrie », comme elle est ici désignée, est donc en plein changement. Elle se professionnalise lentement, notamment grâce à son « syndicat », le Marijuana Industry Group. Celui-ci se focalise particulièrement sur la problématique bancaire. Étant donné que le cannabis est toujours considéré comme une drogue illicite au niveau fédéral, les grandes banques se montrent en effet réticentes à ouvrir des comptes bancaires pour des entreprises ayant affaire avec cette substance.
Mais ça n’empêche pas ladite industrie de grossir, voire d’exploser. D'une part, il y a ceux qui produisent et vendent le produit : leur nombre va augmenter à partir d’octobre prochain, quand des licences pourront être accordées à quiconque aura un dossier assez solide, et plus seulement à ceux qui possèdent déjà un dispensaire de cannabis thérapeutique. Au total, la division de la marijuana pourra attribuer jusqu’à 500 licences (plus de 200 l’ont déjà été).
D’autre part, il y a tous ceux qui investissent dans des commerces ayant un lien avec la légalisation : des agences de tourisme proposant des tours des magasins en bus ou en limousine, des applications pour smartphone, comme Weedmaps, pour trouver le point de vente le plus proche, des leçons de culture du cannabis, comme celles que propose la THC University, jusqu’à des événements dits culturels autour du cannabis.
Jane West, à la tête de "Edible events". © I.D
Il y eut par exemple, fin mai, le Classically Cannabis, un concert de musique classique pendant lequel le public pouvait consommer sa propre marijuana. Un événement polémique et médiatisé, relançant le débat sur les lieux et circonstances dans lesquels le cannabis pouvait être consommé dans l’État. Jane West a participé à son organisation. Travaillant dans l’événementiel, elle venait d’être licenciée après avoir été vue, joint à la main, dans un reportage télévisé sur le Colorado. « Je ne regrette pas, il faut bien qu’on soit honnête, qu’on aille au bout de la démarche », nous explique-t-elle. Elle a donc lancé Edible Events, une société d’événementiel spécialisée dans le cannabis.
Nous la rencontrons lors du dernier événement privé organisé par ses soins, intitulé « cannabis, yoga et méditation », rassemblant une quinzaine de femmes venues suivre un « cours » sur les effets de la marijuana, la tester, avant de se lancer sur un tapis de yoga. Le « cours » est donné par Max Montrose, gros fumeur – depuis ses 14 ans, dit-il, tant pour le plaisir que pour ses maux de dos –, qui a travaillé dans trois dispensaires et revendique désormais une approche de « sommelier » en matière de cannabis. Il dit s’être spécialisé dans l’éducation au cannabis, car « s’il y a bien un sujet qui est complètement mis de côté ces temps-ci, c’est celui-ci ». « Les gens débarquent dans cette industrie et ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font ! »
L'événement intitulé “cannabis et méditation”, à Denver. © I.D
Le problème n’a pas totalement échappé aux autorités. Elles réfléchissent actuellement à une série de certificats, validés par leurs soins, qui pourraient être délivrés à tous ceux qui rejoignent l’industrie du cannabis. Ils devraient être mis en place d’ici six mois. « Nous progressons, la clé consiste à être flexible, à adapter continuellement les lois », glisse Ron Kammerzell, à la tête de la division de la marijuana de l’État.
Le Colorado est aujourd’hui un laboratoire, observé de près par d’autres États, et bien sûr par Washington. En janvier 2014, Barack Obama confiait au New Yorker qu’il ne pensait pas que « fumer du cannabis soit plus dangereux que de boire de l’alcool ». Sans en dire plus sur les réformes fédérales que pourrait éventuellement initier son administration en la matière. Quant à Hillary Clinton, déjà pressentie pour être candidate démocrate à l’élection présidentielle de 2016, elle a dit en juin, sur la chaîne CNN, qu’elle était en train d’observer ce qui se passait dans le Colorado et l’État de Washington avant de se prononcer sur la légalisation du cannabis.
URL source: http://www.mediapart.fr/journal/interna ... aboratoire
11 août 2014 | Par Iris Deroeux - Mediapart.fr
Dans le 3D Cannabis Center, à Denver. © Iris Deroeux
Sept mois après l’entrée en vigueur des lois autorisant la culture, la vente et la consommation de cannabis à usage récréatif dans le Colorado, les touristes affluent, le business de la marijuana et les taxes qu'il rapporte explosent, le cadre réglementaire évolue quasi quotidiennement… Reportage dans un État laboratoire, regardé de près par Washington.
États-Unis, correspondance. Comme l’indique le grand panneau d’affichage vert délavé, sur le parking, le 3D Cannabis Center est un « dispensaire discret ». Une grande bâtisse sans charme, installée entre des garages et des hangars, en bordure d’une route nationale, l’une des nombreuses voies rapides encerclant ou traversant Denver, capitale du Colorado. À l’intérieur, c’est une véritable ruche. Quarante employés s’affairent dans quelque 1 000 m2 dédiés au cannabis, de la culture à la vente. Une fois montré patte blanche – une carte d’identité –, les adultes de plus de 21 ans peuvent rejoindre la file d’attente afin d’acheter, en toute légalité, de la marijuana. Il y en a pour tous les goûts. Une cinquantaine de marijuanas aux “saveurs” différentes, plus ou moins puissantes selon leur dosage en THC (substance pharmacologique qui produit les effets du chanvre), sont vendues sous forme de joint pré-roulé, au gramme, dans des bonbons, des gâteaux, des sodas et même des savons ou des pommades « antirhumatismes ».
Dans le 3D Cannabis Center, à Denver. © Iris Deroeux
Pas question de consommer sur place, en revanche. Denver n’est pas Amsterdam, il n’y a pas de coffee shops autorisant la marijuana dans le Colorado, du moins pas encore. Car le premier État américain à avoir légalisé le cannabis connaît des bouleversements quasi quotidiens. Depuis l’entrée en vigueur des lois légalisant l’usage récréatif de la marijuana, en janvier 2014, l’industrie grossit à vitesse grand V, les règles changent et s’adaptent continuellement et derrière les portes discrètes de ces « dispensaires », on sent une certaine surexcitation.
Toni Fox, à la tête du 3D Cannabis Center. © Iris Deroeux
Toni Fox, à la tête du 3D Cannabis Center, veut nous montrer le centre sous son meilleur jour : propre, sérieux, parfaitement réglementaire. Et extrêmement rentable. La fondatrice des lieux, dont le commerce précédent était de vendre des fontaines, nous promène à travers un dédale de couloirs et de pièces, « une ancienne salle des fêtes », tout en livrant son premier bilan. « Avec mon mari, on a commencé par vendre de la marijuana médicale, en 2010. Mais la concurrence est rude, il y a plus de 500 dispensaires à Denver. On s’est donc entièrement convertis à la marijuana à usage récréatif en janvier dernier. Et on a fait plus de profit en trois mois qu’en trois ans. Désormais, on génère près de 10 000 dollars par jour, avec une moyenne de 150 clients quotidiens, dont 60 % sont des touristes », raconte-t-elle, sourire aux lèvres, tout en gardant l’œil sur les opérations en cours. Un homme rentre, lui demande quand ils pourront prendre le temps de discuter : « C’est mon imprimeur, il veut s’y mettre lui aussi, nous glisse-t-elle. Tout le monde veut s’y mettre. »
On repart de là légèrement assommée par toutes ces informations et l’odeur lourde de cannabis qui emplit les lieux, mais de plus en plus intriguée par ce qui est en train de se dérouler ici. Le Colorado s’est lancé dans une expérience inédite en légalisant la culture, la vente et la consommation de cannabis. Il se retrouve à servir de laboratoire, et l’assume. Tout le monde ici, des autorités jusqu’aux nouveaux venus dans cette industrie bourgeonnante, prend le temps de témoigner et d’expliquer les règles, les défis, les zones d’ombre… Avec une certaine fierté : celle d’être le premier État américain à l’avoir fait.
Cela remonte à novembre 2012, lors d’élections générales américaines au cours desquelles la population de quelques États était aussi appelée à se prononcer sur différents référendums d’initiative populaire (pouvant être organisés après qu’une pétition a recueilli un nombre suffisant de signatures). Dans le Colorado, l’État de Washington et l’Oregon, la légalisation de l’usage récréatif du cannabis était à l’ordre du jour. Les deux premiers ont voté en sa faveur, à 56 % des suffrages dans l’État de Washington, à 55,3 % dans le Colorado. Ils ont adopté des lois légèrement différentes, et le Colorado fut beaucoup plus rapide à les mettre en place : le cannabis y est disponible à la vente depuis janvier 2014, tandis que les premiers magasins – moins de dix – viennent juste d’obtenir leur licence d’exploitation dans l’État de Washington.
Le Colorado a opté pour un amendement à sa constitution : l’amendement 64, donnant naissance à des lois autorisant et encadrant la consommation, la vente et la culture du cannabis aux adultes de plus de 21 ans. Parmi les règles de base : les résidents de l'État peuvent posséder jusqu’à une once de marijuana (une mesure commune aux États-Unis, équivalent à 28,3 grammes) et les touristes jusqu'à un quart de once qu'ils peuvent acheter dans des points de vente opérant sous licence. Les résidents peuvent aussi cultiver à domicile jusqu’à six plants, ce qui reste illégal dans l’État de Washington.
Ne jamais parler du plaisir
Brian Vicente, dans son bureau. © I.D
« Le cœur de notre message a consisté à dire que le cannabis pouvait être taxé et régulé comme l’alcool », nous explique Brian Vicente, l’un des principaux auteurs de l’amendement, à la tête de Vicente Sederberg, un cabinet d’avocats et de consultants spécialisés dans le cannabis. Il précise que cet amendement légalise aussi le chanvre industriel dans le Colorado, notamment utilisé dans la papeterie, mais dont la culture est toujours interdite par les autorités fédérales.
Le Colorado se retrouve ainsi dans une situation exceptionnelle : il a certes légalisé le cannabis, mais celui-ci reste considéré par les lois fédérales américaines comme une drogue dangereuse, illicite, dont la consommation et la vente sont punies. La relative tranquillité des acteurs locaux impliqués dans cette nouvelle industrie tient seulement à la position adoptée par l’administration Obama sur le sujet : en août 2013, celle-ci prévenait par communiqué les gouverneurs du Colorado et de l’État de Washington qu’elle renonçait « à son droit de contester les lois portant sur la légalisation » du cannabis. Tant que les lois locales sont respectées, elle laisse faire.
En pleine expérimentation, le Colorado a donc fixé un cadre contraignant pour cette nouvelle industrie, cadre qui continue d’être précisé et modifié par le Parlement local. La marijuana à usage récréatif est d'abord taxée : elle est sujette à trois impôts différents, totalisant 13 % d’impôt sur les ventes et 15 % de droit d’accise (un impôt indirect portant sur les quantités produites et non sur la valeur du produit). La taxation était l’un des principaux arguments des associations pro-légalisation battant le pavé avant le référendum : un cannabis taxé peut rapporter gros à l’État. La promesse fut ainsi faite de réinvestir les 40 premiers millions de dollars ainsi levés dans la reconstruction des écoles.
Il s’agit ensuite de l’emplacement des points de vente, nécessairement éloignés des écoles, ou encore du type de publicité autorisé sur le sujet. Le cannabis ne peut être fumé dans l’espace public, ni même en voiture.
« Il a fallu trouver des compromis lors de la rédaction de la loi. Tous les résidents de l’État peuvent posséder jusqu’à 28,3 grammes de cannabis. En revanche, chaque ville et comté est libre d’autoriser ou non la vente de cannabis, et de définir les lieux où celui-ci peut être consommé, par exemple dans des bars, poursuit Brian Vicente, notant que c’est désormais un nouvel objet de débats dans l’État. Le cannabis a beau être légal, il y a finalement peu d’endroits où il peut être fumé, à part chez soi. »
Pour parvenir à ce niveau de réforme, il a déjà fallu que plusieurs associations locales et nationales pro-légalisation unissent leurs forces et investissent de l’argent dans la campagne, notamment en payant de coûteux spots publicitaires. Cette campagne a associé des locaux, comme Brian Vicente, à des associations nationales, comme leMarijuana Policy Project (le plus gros soutien financier à cette campagne pour l’amendement 64), la Drug Policy Alliance, le réseau National organization for the reform of the marijuana laws (NORML), l’ACLU, grande association américaine de défense des droits civiques, ou encore une grande association étudiante du Colorado. Il leur a fallu quasiment deux ans pour recueillir les signatures nécessaires à l’organisation du référendum, et pour que le « oui » l’emporte. « Entre 2011 et 2012, on a dépensé quelque 2,5 millions de dollars pour y parvenir », note Brian Vicente. Leurs arguments ? Certainement pas le plaisir que peut procurer la marijuana.
© Iris Deroeux
« On a mené un travail éducatif de longue haleine afin de dédiaboliser la marijuana, en expliquant par exemple qu’elle faisait moins de ravages que l’alcool », explique Mason Tvert de l'antenne locale du Marijuana Policy Project, à Denver. Une association qui avait déjà soutenu un premier référendum sur la légalisation dans l’État, en 2006, sans succès. « On a adouci un peu ce message ensuite, en disant surtout qu’on pouvait réguler le cannabis comme l’alcool », poursuit Art Way de la Drug Policy Alliance. « C’est une approche pragmatique : on ne réussit pas à se débarrasser des drogues alors il faut tenter autre chose. »
Ils ont encore souligné l’échec de l’approche américaine répressive, dominée par une justice criminelle sévère, même lorsqu’il s’agit de la possession de quelques grammes de marijuana, et « dont font surtout les frais les pauvres et les gens de couleur », insiste Art Way. La communauté afro-américaine est en effet celle qui souffre le plus du recours aux peines planchers dans les affaires de stupéfiants ; des peines d'autant plus lourdes que s'y ajoute la “loi des trois coups”, selon laquelle un délinquant commettant une troisième infraction, même mineure, se voit condamné à une peine allant de vingt-cinq ans de prison à la perpétuité.
Ces associations ont enfin eu recours à l’argument libertarien, soulignant l’importance des libertés individuelles, un argument séduisant pour l’électorat conservateur, enclin à repousser toute forme d’interventionnisme des autorités fédérales. Si la population s’est montrée réceptive, c’est aussi parce que le cannabis était déjà très présent dans l’État. Certains insistent sur l’héritage des années 1960, notamment dans des villes comme Boulder ou Paonia, foyers de la contre-culture nichés au pied des Rocheuses où des fermes ont cultivé discrètement la plante étoilée pendant des années. « Il y a un cocktail intéressant ici, entre les traces laissées par les hippies et la mentalité héritée des pionniers du “Far West”, notamment cet attachement fort aux libertés individuelles », glisse l’avocat Brian Vicente.
Sujet permanent de conversation
Plus décisive encore, il y eut, en 2000, via référendum, la légalisation du cannabis thérapeutique. La loi autorisa alors des patients souffrant de maladies diverses, allant des « douleurs chroniques » jusqu’aux cancers et au VIH, à posséder jusqu’à 56 grammes de cannabis thérapeutique et à cultiver chez eux jusqu’à six plants. Les patients sont d’abord tenus d’obtenir un avis médical et une ordonnance, dite « carte rouge », valable pour un an. Ils peuvent ensuite se fournir auprès de dispensaires et de « fournisseurs de soins », appellation désignant toute personne cultivant à domicile et ayant l’autorisation de fournir du cannabis thérapeutique à cinq autres personnes. Ces lois, assez floues, difficiles à faire respecter à la lettre, ont progressivement donné naissance à un grand marché de production et de distribution de cannabis thérapeutique dans l’État, dépassant largement le cadre « médical ».
En 2009, quand l’administration Obama a annoncé qu’elle ne comptait pas s’en prendre aux fournisseurs de marijuana médicale s’ils respectaient les lois locales, le nombre de dispensaires a littéralement explosé dans l’État. « Sauf qu’on manquait de règles pour les encadrer », nous explique Ron Kammerzell, directeur de la division de la marijuana du Colorado, une branche du département des revenus (déjà chargée de la supervision des débits d’alcool et des casinos). « L’État a donc légiféré a posteriori, en 2010, en créant notre division. Notre mission consiste désormais à accorder les licences aux dispensaires, après avoir vérifié les antécédents des fondateurs ou encore la provenance de leurs fonds », poursuit-il, indiquant que ses 55 agents y travaillent, en collaboration avec les forces de l’ordre, la police locale et la Drug Enforcement Administration (DEA).
Ces détails administratifs sont importants car c’est sur ce système qu’est venu se greffer le commerce du cannabis à usage récréatif. Logiquement, depuis la légalisation, la même division se retrouve en effet à superviser les nouveaux exploitants. Les législateurs leur ont simplifié la tâche : dans un premier temps, seuls des dispensaires déjà licenciés pour distribuer du cannabis thérapeutique ont pu obtenir l’autorisation de produire et de vendre de la marijuana à usage récréatif. Et de l’avis de Ron Kammerzell, la greffe a pris. « On avait déjà vérifié leurs antécédents, on les connaissait déjà. On était prêts », résume-t-il, notant que la division a distribué plus de 200 licences de vente de marijuana à usage récréatif depuis janvier dans le Colorado.
Sept mois après l’entrée en vigueur des nouvelles lois, l’État semble en effet intégrer le cannabis à usage récréatif sans accroc. Avec de fortes disparités cependant, puisque la loi permet à chaque ville ou chaque comté d’autoriser ou non l’ouverture de points de vente.
Art Way, de la Drug Policy Alliance. © I.D
« Denver et Boulder (au nord de la capitale de l’État – ndlr) mènent la danse », résume Art Way, de la Drug Policy Alliance. Autrement dit, c’est ici qu’ouvrent la plupart des magasins, servant de laboratoires pour les autres localités, observant avant de se décider. À Colorado Springs, enclave conservatrice au sud de Denver, les autorités interdisent pour le moment la vente du cannabis à usage récréatif. Dans le comté de Pueblo au contraire, c’est une première : les bars vont bientôt pouvoir, s’ils le veulent, laisser leurs clients fumer de la marijuana en extérieur, dans des patios, ou à l’intérieur, sous forme d'huile inhalée par cigarette électronique.
À travers l’État, le cannabis est devenu l’un des sujets de conversation favoris. Une femme entre deux âges avoue qu’il est peut-être temps « d’essayer un cookie », un chauffeur de taxi reconnaît être fraîchement arrivé dans le Colorado « pour la marijuana », et tous ceux que l’on croise se demandent combien cette nouvelle industrie va véritablement rapporter à l’État.
Les autorités en sont conscientes et communiquent de plus en plus sur le sujet. La division de la marijuana publie désormais des données mensuelles. Pour le mois de mai, les taxes prélevées sur la vente de cannabis thérapeutique et récréatif s’élèvent à 4,7 millions de dollars pour le seul Colorado. Entre janvier et mai, 23,6 millions de dollars (17,6 millions d'euros) de taxes ont ainsi été collectés. Il est toujours prévu que les 40 premiers millions de dollars levés grâce au cannabis récréatif soient alloués à un fonds d’aide à la reconstruction des écoles.
Ensuite, le débat se poursuit au parlement local sur le meilleur moyen d’utiliser les sommes déposées chaque mois sur le Marijuana Tax Fund. Une part est dédiée à la production de « matériel » de prévention et d’éducation. Le Parlement vient encore d’allouer 10 millions de dollars à la recherche sur la marijuana médicale (lire un prochain article de cette série).
Un employé du 3D Cannabis Center. © I.D
Pendant ce temps, un autre débat se poursuit, sur le prix du cannabis à usage récréatif cette fois-ci. Est-il trop cher ? Il est manifestement plus onéreux que le cannabis thérapeutique, seulement taxé à 2,9 %. Dans les points de vente du Colorado, un quart de once de marijuana (7 grammes) vaut entre 100 et 160 dollars. Il est donc presque deux fois plus cher que sur le marché noir selon les calculs de Priceofweed.com, qui se base sur les prix et données fournis anonymement par des internautes consommant du cannabis.
Comment inciter les Coloradiens à se tourner vers le cannabis légal ? Il y a encore beaucoup d’incertitudes sur le sujet. « Il est évident que certains vont continuer à se fournir auprès de leur dealer, du moins dans un premier temps. D’autant que c’est un marché noir avec des produits de bonne qualité, de l’herbe qui pousse dans la région. Mais je pense que les gens sont prêts à payer pour être dans la légalité. Et du point de vue des dealers, ce n’est pas non plus un business très rentable, c’est surtout une forme de revenus d’appoint. À un moment donné, il est préférable d’essayer de rejoindre l’industrie légale », analyse Art Way, de la Drug Policy Alliance.
De son côté, la division de la marijuana est très fière de présenter son système de traçabilité et d’inventaire de la marijuana. Chaque plante cultivée légalement doit être équipée d’une petite étiquette comportant un code-barres. « Celui-ci permet de suivre la plante de la graine à la vente », explique Ron Kammerzell. Et ainsi de vérifier que toutes les plantes cultivées par cette industrie ont bel et bien été vendues légalement, au comptoir, et non au marché noir, dans le Colorado ou d’autres États.
Barack et Hillary
Si le marché noir a encore de beaux jours devant lui, le cannabis « légal » semble faire fureur, à en juger par le nombre de gens qui se pressent dans les points de vente. ÀThe Farm, dispensaire et magasin de cannabis récréatif situé à Boulder, il faut compter une demi-heure d’attente avant d’avoir l’attention d’un « budtender » (nom des barmen vendant le cannabis) et de se voir conseiller telle ou telle marijuana, plus ou moins puissante. Au menu, figurent du cannabis dit indica ou sativa (deux espèces dont la principale différence est que le second a tendance à être plus fortement dosée en THC), ainsi que des « hybrides », croisant les deux.
Les budtenders proposent surtout des variétés mises au point par le dispensaire lui-même, comme la Alpha blue, « aux effets apaisants, recommandée pour calmer des douleurs, bonne comme médecine de jour » ; la Blue dream, « fruitée, sucrée, bonne pour avoir le sourire ou provoquer des rêves », ou encore la Sunset Haze, censée ne pas être trop puissante, « mêlant bien l’effet gentiment euphorique à l’effet relaxant », nous explique encore le jeune homme derrière le comptoir.
Dans la file, des jeunes et des moins jeunes, des adultes en famille, des clients au look de motards tatoués autant que des hommes portant d’élégantes chemises, des locaux et beaucoup de touristes. Tous repartent avec une pochette hermétique contenant leur marijuana, dont la fermeture complexe est censée résister à l’assaut d’un enfant en bas âge.
Un étal dans un dispensaire de Denver. © I.D
Les sceptiques et opposants à la légalisation, eux, ne voient pas d’un bon œil ce succès commercial. Ils se concentrent sur les chiffres indiquant des retombées négatives : le développement d’un « tourisme de la drogue », par exemple. Mi-juillet, une étude a en effet indiqué que les revenus générés par les ventes de la marijuana récréative venaient en grande majorité de non-résidents.
Ils insistent encore sur le nombre de consommateurs de marijuana impliqués dans des accidents de la route, plus nombreux dans le Colorado qu’ailleurs, selon une étude récente (qui ne précise pas si les conducteurs étaient sous l’effet du psychotrope au moment de l’accident). Mais comme le soulignait le Denver Post, le quotidien local, aucune étude ne peut encore permettre de conclure que le cannabis a pour effet une violence et une agressivité particulières, au volant ou ailleurs, dans l’État.
Finalement, après sept mois de légalisation, le principal problème qui se pose concerne les mets infusés au cannabis, dits « edibles », tels que les gâteaux, les sucreries, ou les sodas. Il y eut notamment l’éditorial de Maureen Dowd, journaliste du New York Times, racontant en juin son « bad trip » de plusieurs heures, coincée à l’hôtel, après avoir mangé une barre chocolatée infusée au cannabis. Un article très repris sur les réseaux sociaux, sur un ton moqueur ou inquiet, notamment ce genre d’extraits : « J’ai à peine réussi à me traîner du bureau au lit, où je me suis effondrée dans un état hallucinatoire pendant les huit heures suivantes. »
« On ne s’attendait pas à ce que les gens en abusent, comme des débutants, mais on aurait dû s’y préparer », glisse Art Way de la Drug Policy Alliance. « Il y a un problème d’éducation sur ces produits. Et puis, il y a des choses qui n’ont pas de sens, qu’il faut rectifier, comme de vendre un cookie contenant dix doses de cannabis, c’est beaucoup trop… Les associations et les autorités travaillent donc à l’instauration de règles de bon sens pour encadrer l’industrie », explique Brian Vicente. Ces règles concernent par exemple le packaging, en imposant des emballages sécurisés ou en interdisant de reproduire les formes et couleurs des bonbons. Ou encore de précisions techniques, comme l’obligation de prédécouper une plaquette de chocolat en morceaux, en indiquant la quantité de cannabis contenue dans chaque morceau.
L’« industrie », comme elle est ici désignée, est donc en plein changement. Elle se professionnalise lentement, notamment grâce à son « syndicat », le Marijuana Industry Group. Celui-ci se focalise particulièrement sur la problématique bancaire. Étant donné que le cannabis est toujours considéré comme une drogue illicite au niveau fédéral, les grandes banques se montrent en effet réticentes à ouvrir des comptes bancaires pour des entreprises ayant affaire avec cette substance.
Mais ça n’empêche pas ladite industrie de grossir, voire d’exploser. D'une part, il y a ceux qui produisent et vendent le produit : leur nombre va augmenter à partir d’octobre prochain, quand des licences pourront être accordées à quiconque aura un dossier assez solide, et plus seulement à ceux qui possèdent déjà un dispensaire de cannabis thérapeutique. Au total, la division de la marijuana pourra attribuer jusqu’à 500 licences (plus de 200 l’ont déjà été).
D’autre part, il y a tous ceux qui investissent dans des commerces ayant un lien avec la légalisation : des agences de tourisme proposant des tours des magasins en bus ou en limousine, des applications pour smartphone, comme Weedmaps, pour trouver le point de vente le plus proche, des leçons de culture du cannabis, comme celles que propose la THC University, jusqu’à des événements dits culturels autour du cannabis.
Jane West, à la tête de "Edible events". © I.D
Il y eut par exemple, fin mai, le Classically Cannabis, un concert de musique classique pendant lequel le public pouvait consommer sa propre marijuana. Un événement polémique et médiatisé, relançant le débat sur les lieux et circonstances dans lesquels le cannabis pouvait être consommé dans l’État. Jane West a participé à son organisation. Travaillant dans l’événementiel, elle venait d’être licenciée après avoir été vue, joint à la main, dans un reportage télévisé sur le Colorado. « Je ne regrette pas, il faut bien qu’on soit honnête, qu’on aille au bout de la démarche », nous explique-t-elle. Elle a donc lancé Edible Events, une société d’événementiel spécialisée dans le cannabis.
Nous la rencontrons lors du dernier événement privé organisé par ses soins, intitulé « cannabis, yoga et méditation », rassemblant une quinzaine de femmes venues suivre un « cours » sur les effets de la marijuana, la tester, avant de se lancer sur un tapis de yoga. Le « cours » est donné par Max Montrose, gros fumeur – depuis ses 14 ans, dit-il, tant pour le plaisir que pour ses maux de dos –, qui a travaillé dans trois dispensaires et revendique désormais une approche de « sommelier » en matière de cannabis. Il dit s’être spécialisé dans l’éducation au cannabis, car « s’il y a bien un sujet qui est complètement mis de côté ces temps-ci, c’est celui-ci ». « Les gens débarquent dans cette industrie et ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font ! »
L'événement intitulé “cannabis et méditation”, à Denver. © I.D
Le problème n’a pas totalement échappé aux autorités. Elles réfléchissent actuellement à une série de certificats, validés par leurs soins, qui pourraient être délivrés à tous ceux qui rejoignent l’industrie du cannabis. Ils devraient être mis en place d’ici six mois. « Nous progressons, la clé consiste à être flexible, à adapter continuellement les lois », glisse Ron Kammerzell, à la tête de la division de la marijuana de l’État.
Le Colorado est aujourd’hui un laboratoire, observé de près par d’autres États, et bien sûr par Washington. En janvier 2014, Barack Obama confiait au New Yorker qu’il ne pensait pas que « fumer du cannabis soit plus dangereux que de boire de l’alcool ». Sans en dire plus sur les réformes fédérales que pourrait éventuellement initier son administration en la matière. Quant à Hillary Clinton, déjà pressentie pour être candidate démocrate à l’élection présidentielle de 2016, elle a dit en juin, sur la chaîne CNN, qu’elle était en train d’observer ce qui se passait dans le Colorado et l’État de Washington avant de se prononcer sur la légalisation du cannabis.
URL source: http://www.mediapart.fr/journal/interna ... aboratoire
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Desmond
Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Super comme premier post, un c/c.
Le pseudo aussi est sympa...

Le pseudo aussi est sympa...

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Vafancoulo
- As-tu lu le règlement ?
- Messages : 10
- Inscription : 11 juin 2013, 16:02
Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Légalisation du cannabis (2/6). Comment aimer le joint est devenu politiquement correct
12 août 2014 | Par Iris Deroeux - Mediapart.fr
Manifestation pour la légalisation du cannabis thérapeutique dans l'Etat de New York. © DPA
Ils sont désormais une majorité d’Américains à soutenir la légalisation de la marijuana. Ils se laissent convaincre par des arguments divers, des bienfaits médicaux du produit jusqu’à la manne financière que représente un cannabis régulé et taxé. Des messages portés par des « faiseurs d’opinion » influents : des associations et lobbies très bien dotés, s’activant sur le terrain pour faire bouger les lignes. Deuxième volet de notre série.
États-Unis, correspondance. Aux États-Unis, l’approche répressive pour lutter contre la consommation et le trafic de marijuana fait de moins en moins recette auprès de l’opinion. Le pays avance sur le chemin de la dépénalisation et de la légalisation. Deux États ont déjà légalisé la plante étoilée en novembre 2012, via des référendums d’initiative populaire : l’État de Washington, à l’ouest du pays, et le Colorado (dont nous avons parlé ici). Au moins deux autres référendums se tiendront sur le sujet en novembre prochain, en Alaska et en Oregon. Les lignes bougent et même le New York Times s’y met. Le 26 juillet, le comité éditorial du quotidien new-yorkais de tendance libérale annonçait qu’il soutenait la légalisation du cannabis à usage récréatif dans un texte inaugurant une série d’articles dédiés au sujet (ici). Cette prise de position a été jugée à la fois étonnante et courageuse aux États-Unis. « C'est une décision historique qui aura des conséquences historiques », a ainsi estimé Ethan Nadelmann, à la tête de la Drug Policy Alliance.
La Une du gratuit AM annonçant la décision du procureur de Brooklyn. © ID
En parallèle, la légalisation du cannabis thérapeutique, souvent considérée comme une première étape vers la légalisation de son usage récréatif, se propage à travers le pays : vingt-trois États autorisent désormais la « marijuana médicale ». New York est le dernier État à l’avoir autorisée, début juillet 2014, en la limitant cependant à une courte liste de maladies, comme Parkinson ou la sclérose en plaques. La Floride se prononcera sur le cannabis à des fins médicales via un référendum en novembre, et deviendra peut-être le premier État du Sud dit « conservateur » à l'autoriser.
Localement, des mesures sont aussi prises pour désengorger les couloirs des palais de justice et les prisons. Le procureur de Brooklyn, Kenneth Thompson, annonçait ainsi mi-juillet qu’il ne poursuivrait plus les personnes arrêtées pour la première fois en possession de petites quantités de marijuana.
Aujourd’hui, 55 % des Américains se disent ainsi en faveur de la légalisation du produit, contre 16 % en 1987. Seuls 19 % considèrent que la marijuana pose « un sérieux problème aux États-Unis », quand ils étaient 65 % à le penser en 1972, un an après que Richard Nixon déclara la « guerre contre la drogue » et imposa une approche très répressive censée faire baisser la consommation de drogues et lutter contre le trafic, tant aux États-Unis qu’en Amérique latine (lire un prochain article de cette série). Quantité d’études ont documenté l'échec de cette politique. Si la consommation de cocaïne a tendance à baisser, la consommation d’héroïne et de méthamphétamine augmente. Celle de la marijuana aussi : 48 % des Américains disent en avoir fumé en 2013, contre 38 % en 2003, selon le Pew Research Center.
Pour autant, le cadre légal fédéral sur lequel repose cette « guerre contre la drogue » est toujours en place. Il s'appuie sur leControlled Substance Act de 1970, classant les drogues en fonction de leur nocivité, en interdisant certaines, en régulant d’autres. La marijuana est rangée dans la catégorie 1, parmi les drogues illicites comme l’héroïne, avec un « fort potentiel d’abus » et « dont l’usage médical n’est pas autorisé ».
Ces temps-ci, si mouvement de réforme il y a, il faut donc comprendre qu’il s’agit d’un mouvement d’initiative locale, animé avant tout par des citoyens, qui aboutit à la mise en place d’un patchwork de législations différentes selon les États. Certains optent pour la légalisation de la marijuana à usage médical dans des cas bien spécifiques et très limités. D’autres cumulent marijuana médicale et marijuana à usage récréatif comme le Colorado. D’autres, comme l’Oregon, ont dépénalisé et doivent bientôt se prononcer sur l’usage récréatif… Le point commun entre tous ces États est qu’ils se mettent à chaque fois en porte-à-faux avec les autorités fédérales : aux yeux de Washington, ce qu’ils font est illégal puisque la marijuana est toujours considérée comme une substance dangereuse et illicite.
Manifestation pour la légalisation du cannabis thérapeutique dans l'Etat de New York. © DPA
Leur relative tranquillité sur le sujet tient seulement à la position adoptée par l’administration de Barack Obama. À l’été 2013, Eric Holder, à la tête du département de la Justice, adressait une directive aux agences du pays expliquant que son administration n’allait pas s’en prendre aux citoyens de l’État de Washington et du Colorado, à partir du moment où ceux-ci respectaient les lois locales. Autrement dit, pour le moment, Washington laisse faire. « Leur attitude se résume à “trust and verify” : faire confiance, mais vérifier », analyse Beau Kilmer, à la tête du centre de recherche sur les politiques en matière de drogue de la Rand Corporation.
Comment expliquer cette transformation ? Comment la marijuana est-elle passée dans l’imaginaire collectif américain d’un vice de hippie à un produit acceptable, quasi inoffensif voire vertueux, au point que certains parents l’ont adoptée comme médicament pour leurs enfants (comme nous le verrons dans un prochain article) ?
Lobbying en costume-cravate
Une du Time, en novembre 2010 © Times Magazine
Depuis les années 1970, le pays a en fait vu naître des groupes militants et des lobbies réussissant à rendre la marijuana respectable. Le discours pro-légalisation est sorti des marges et de la contre-culture pour devenir politiquement correct. Le tout, en ayant recours à des arguments divers : défense des libertés individuelles, vertus médicales de la marijuana, désengorgement des prisons, manne financière que peut représenter un cannabis légal et taxé… Assez pour séduire des électeurs de tous bords, consommateurs ou non de marijuana, démocrates et républicains, et surtout les jeunes. Ce sont eux qui portent le changement. Selon les sondages de l’université de Quinnipiac, 67 % des 18-29 ans sont favorables à la légalisation, ainsi que 58 % des 30-44 ans.
« La marijuana a une image positive auprès des jeunes, celle d’un produit à la mode comme l’était la cigarette, il y a vingt ans. Cette dernière est désormais moralement condamnable et condamnée, tandis que la marijuana est acceptable, elle est vue par les jeunes Américains comme inoffensive », commente Jenn Kaplan, conseillère santé à la Bronx Preparatory School, grande école semi-publique du Bronx, à New York, elle-même en faveur de la dépénalisation voire de la légalisation si elle est bien régulée.
Dès 1970, quand la weed est encore largement considérée comme une drogue dangereuse et moralement condamnable, une première association se met à militer sérieusement pour que la plante étoilée soit mieux acceptée. Elle se nomme NORML (National organization for the reform of the marijuana laws), et elle deviendra bientôt l’un des plus gros lobbies pro-marijuana à Washington. Keith Stroup, son fondateur, est étudiant en droit à Washington à la fin des années 1960 quand il rejoint le mouvement anti-guerre du Vietnam et commence à fumer du cannabis. Évoluant bientôt dans le milieu du lobbying, l'idée lui vient de créer un groupe de défense des consommateurs de joints. Ainsi naît le premier lobby pro-légalisation.
Inutile de dire qu’à l’époque, la victoire paraît loin : Stroup et ses troupes ont tendance à passer pour un club de fumeurs de joints aux méthodes douteuses, notamment quand ils lèvent des fonds au sein de leur « réseau », lors de fêtes organisées dans la Playboy Mansion, ou auprès de Tom Forcade, trafiquant de cannabis et journaliste underground, qui créera le magazine spécialisé High Times, en 1974. Mais Stroup y croit, portant costume et cravate, il tente de donner à sa cause un visage respectable à Washington.
De l’autre côté du pays, en Californie, des militants d’un autre genre s’activent également sur le terrain, tel Gordon Brownell. Rien ne le prédestine à militer pour la légalisation de la drogue douce : il est républicain et assistant de Richard Nixon dans les années 1960, alors en campagne pour le poste de gouverneur de l’État. Sauf que Brownell tombe amoureux d’une jeune hippie, goûte le cannabis en sa compagnie, ne voit plus trop où est le problème, et décide de résoudre ces contradictions en aidant les hippies à formuler un message sérieux pro-légalisation. Le voilà engagé dans la campagne pour le premier référendum organisé sur le sujet en Californie, en 1972. 33 % voteront en faveur de la légalisation. C’est insuffisant, mais cela permet à Brownell de poser les bases du message libertarien en matière de drogue douce, consistant à dire : « Ce que vous faites chez vous ne concerne absolument pas le gouvernement fédéral. » Un argument pro-marijuana qui s’avère être encore aujourd’hui l’un des plus séduisants auprès d’un électorat de tendance républicaine.
Dans un dispensaire de Denver © Iris Deroeux
Le combat de ces militants connaît un coup d’accélérateur grâce à la publication d’un rapport, en 1972, dont les conclusions sont pour le moins inattendues. Le très conservateur Richard Nixon avait en effet convoqué une commission pour étudier « les abus de drogues et la marijuana », afin de soutenir sa politique répressive. Sauf que la commission préconise au contraire la décriminalisation de la possession de petites quantités de marijuana (le rapport est ici).
« Sur la base de notre enquête, nous avons conclu que la société devrait chercher à décourager l’usage du cannabis, en concentrant son attention sur la prévention et le traitement des usagers consommant excessivement. La commission pense que la criminalisation de la possession de marijuana pour l’usage personnel est contre-productive et ne permet pas d’atteindre cet objectif. (…) La politique sociale et juridique actuelle est disproportionnée par rapport aux nuisances individuelles et sociales que peut causer l’usage de cette drogue », lit-on dans la conclusion du document.
Le document ne plaît pas au président, mais permet aux associations comme NORLM de muscler leur argumentaire. Cette dernière se développe, s’impose. Sous la présidence de Jimmy Carter, la voici conviée à venir discuter avec le conseiller du président sur les politiques de contrôle de la drogue. Carter est réceptif, il demandera lui-même au Congrès d’accepter les conclusions du rapport de 1972. Les élus s’y refusent, mais à travers le pays, des réformes sont déjà adoptées. Au milieu des années 1970, le Colorado, le Maine, l’Ohio, l’Alaska et la Californie dépénalisent la possession de petites quantités de marijuana.
Malades et libertariens
Cette parenthèse se referme rapidement. L’ère Reagan s’ouvre en 1981, et la croisade anti-drogue entamée sous Richard Nixon reprend de plus belle. Nancy Reagan lance sa propre campagne anti-drogue « Just Say no », extrêmement médiatisée. De nombreuses associations de parents naissent et s’activent localement, prônant la tolérance zéro à l’égard de la consommation et du trafic de drogues. Ils s’opposent aux efforts de dépénalisation entamés sous Carter au motif que la sécurité de leurs enfants est en jeu. Au même moment, NORML connaît des divisions internes qui l’affaiblissent. Son rôle change, le lobby prend progressivement sa forme actuelle, celle d’un réseau de centres de conseils médicaux et légaux à destination des consommateurs de cannabis.
C’est durant cette époque de tensions et d’hystérie autour des drogues, marquée par les ravages du crack, que le militantisme pro-marijuana change de visage et d’argumentaire. À partir des années 1980 et 1990, la défense du cannabis va notamment passer par la revendication du droit de chacun à se soigner comme il l’entend.
Dennis Peron est l’un des vétérans du combat pour la légalisation de l’usage médical de la marijuana, qui prit son essor en Californie. Depuis qu’il est revenu de la guerre du Vietnam, Peron deale, se fait régulièrement arrêter. C’est aussi un fumeur, qui aime fournir du cannabis à son entourage direct : son compagnon, atteint du sida, et tous ceux qui souffrent des mêmes maux. « L’épidémie du sida faisait des ravages, mes amis mouraient les uns après les autres, et me demandaient quelque chose susceptible de les soulager », nous explique-t-il par téléphone, depuis San Francisco.
Au début des années 1990, il crée alors le Cannabis Buyers Club, afin de fournir du cannabis thérapeutique à des malades. C’est totalement illégal, mais son initiative suscite une telle attention médiatique qu’il est relativement protégé. En 1991, un avis rédigé par ses soins est même adopté par la ville de San Francisco, suggérant à l’État d’autoriser l’usage médical de la marijuana. À partir de 1995, il commence à militer pour que la Californie adopte une loi en ce sens, et planche sur un texte qui pourrait être soumis à un référendum d’initiative populaire.
Mais Dennis Peron se rend compte qu’il manque à sa petite équipe, composée principalement d’anciens hippies, une capacité organisationnelle et des fonds. Il se retrouve donc à faire équipe avec des spécialistes de la communication, comme le consultant Bill Zimmerman, et surtout avec les nouveaux lobbies pro-marijuana en train d’émerger à Washington.
Le résultat ? La campagne menée en Californie en 1996 pour le référendum sur la légalisation du cannabis thérapeutique changera la nature du débat aux États-Unis. Comme le résume le Washington Post en février dernier : « Cette campagne a repositionné la marijuana comme un produit tonifiant en cas de cancer, de glaucome ou pour les malades du sida. Des grands-mères se sont retrouvées à la télé pour expliquer comment le cannabis soulageait leurs maux (...). » Et le "oui" l'emporte avec 56 % des voix.
Ci-dessous, Marijuana Nonna, septuagénaire, explique comment préparer du beurre de cannabis médical. Une vidéo de l’association californienne Wo/Men’s alliance for medical marijuana.
Qui sont donc ces nouveaux lobbies qui se sont investis auprès de Dennis Peron ? Ce sont d’une part la Drug Policy Alliance et d’autre part le Marijuana Policy Project, deux associations qui sont aujourd’hui au cœur des différentes campagnes locales menées aux États-Unis pour la légalisation de la marijuana à des fins médicales, la dépénalisation, et la légalisation du cannabis à usage récréatif. Leur particularité est qu’elles sont très bien dotées, car financées en grande partie par des milliardaires s’associant à leur combat.
La Drug Policy Alliance naît de la rencontre entre le chercheur Ethan Nadelmann, et George Soros, investisseur milliardaire ayant fait fortune par la spéculation. Nadelmann est fils d’un rabbin, passé par des universités prestigieuses comme Harvard et Princeton, se définissant lui-même comme fumeur occasionnel. Il se politise dans les années Reagan : la réponse politique répressive de l’époque le choque et le pousse à étudier les tenants et aboutissants de la « guerre contre la drogue » (voir un prochain article de cette série). Il en devient l’un des principaux experts. C’est ainsi que George Soros le découvre, à la fin des années 1980. Il accepte de le financer et les deux s’engagent en Californie. George Soros investit quelque 550 000 dollars dans la campagne pour le référendum californien de 1996. Non pas qu’il défende particulièrement les vertus du joint médical, mais parce qu’il estime que les politiques répressives en matière de drogues sont un échec et que la Californie est un bon moyen d’entamer des réformes.
Dans son autobiographie Soros on Soros, Staying Ahead of the Curve, parue en 1995, il estime que la politique américaine consistant à criminaliser la drogue plutôt que d’en faire un problème médical est si inepte que « le remède est souvent pire que le mal ».
Le Marijuana Policy Project, quant à lui, est fondé en 1995 par des anciens de NORLM : Rob Kampia, Chuck Thomas et Mike Kirshner. Rob Kampia en est le président, en poste encore aujourd’hui. C’est un lobbyiste de la mouvance libertarienne : en 2000, il fut candidat du parti libertarien, en lice pour un siège de représentant à la chambre du district de Washington DC. Son association est notamment financée par Peter Lewis, milliardaire à la tête d’un grand groupe d’assurance automobile, Progressive Corporation, se dédiant aux conducteurs « à risques ». Décédé en 2013, Lewis avait lui-même recours au joint médical pour soulager les douleurs causées par une amputation partielle de la jambe. Il estimait comme George Soros que la stratégie répressive était contre-productive.« Nos lois en matière de marijuana sont obsolètes, inefficaces et idiotes », jugeait-il en 2011, dans un entretien au magazine Forbes.
Si, à la différence de la Drug Policy Alliance, le Marijuana Policy Project ne se concentre que sur la marijuana, leurs objectifs sont sensiblement les mêmes : sortir de l’approche ultrarépressive, réduire voire éliminer les lois punitives au niveau local, éduquer le grand public et influencer le Congrès.
Vingt-trois États ont à ce jour légalisé le cannabis thérapeutique
À la suite du succès de la campagne californienne, ces différents groupes soutiendront donc des dizaines d’initiatives à travers le pays. L’Alaska, l’Oregon, l’État de Washington puis le Maine légalisent l’usage médical de la marijuana dans les années 1990. Suivront encore le Colorado et le Nevada en 2000. Vingt-trois États ont désormais légalisé le cannabis thérapeutique. Selon le Pew Research Center, les trois quarts des Américains estiment que la marijuana a bel et bien des vertus médicales.
Les lois adoptées sont cependant souvent plus restrictives qu’en Californie, où le flou du texte initial a donné naissance à un grand supermarché du cannabis thérapeutique. Celui-ci est accessible à quiconque prétexte des maux bénins auprès d’un médecin disposé à fournir une carte de « patient », donnant droit au joint médical. Un demi-million de personnes en possèdent une dans l’État… Une situation que José Mujica, président de l’Uruguay, premier pays à avoir légalisé l’usage récréatif de la marijuana, qualifiait d’« hypocrite », en juillet.
« Le cannabis thérapeutique permet d’avancer sur le chemin de la légalisation car il montre que l’État fédéral se trompe quand il définit la marijuana comme une drogue dangereuse n’ayant aucune valeur médicale. Autoriser le joint médical permet au grand public d’en savoir plus, de mieux se renseigner sur ce produit, et donc de faire avancer le débat », rétorque Art Way, de la Drug Policy Alliance.
Car le but ultime pour ces associations, c’est bien la légalisation de la marijuana. « Notre objectif, c’est de sortir d’une approche de la drogue reposant exclusivement sur la justice criminelle, pour proposer une politique intelligente de santé publique, poursuit Art Way. Il s’agit de changer de paradigme. »
Pour y parvenir, les associations investissent dans des études, des sondages, des conférences, des campagnes éducatives… Elles affinent leur argumentaire en fonction des préoccupations des citoyens, selon les États et les communautés ciblées. Deux arguments s’avèrent particulièrement efficaces aujourd’hui, notamment parce qu’ils sont de nature à convaincre tous types d’électeurs, même ceux qui ne consomment ni n’apprécient le cannabis.
Il y a, d’une part, l’argument selon lequel la guerre contre la drogue et notamment contre la marijuana doit cesser car elle n’a d’autres effets que d’affecter voire de détruire certaines communautés, comme la communauté afro-américaine. La grande association de lutte pour les droits civiques ACLU a ainsi rejoint le mouvement pro-légalisation pour cette raison : c’est devenu une affaire de droits civiques et de lutte contre les discriminations. Elle y a dédié un long rapport, à lire ici, où l’on apprend entre autres que les Afro-Américains ont 3,73 fois plus de chances de se faire arrêter pour possession de marijuana que les Blancs, alors que les deux groupes en consomment autant. Au total, plus de 650 000 Américains sont arrêtés chaque année pour simple possession. Les arrestations pour marijuana composent la moitié des arrestations totales pour possession de drogue.
© DR
Le sujet a fait l’objet d’ouvrages et de documentaires fouillés, très bien diffusés. Citons ainsi The New Jim Crow de Michelle Alexander, paru en 2010, et le documentaire The House I live in d’Eugene Jarecki, sorti en 2012 aux États-Unis et pas encore en France. Tous deux s’attachent à montrer comment la guerre contre la drogue a surtout abouti à emprisonner nombre d’Afro-Américains et d’Américains de milieux modestes, payant le prix d’un système judiciaire sévère, où des peines lourdes sont infligées aux récidivistes de délits mineurs. Un système faisant surtout fructifier l’industrie carcérale : les États-Unis comptent quelque 5 % de la population mondiale, mais 25 % de ses prisonniers.
Les médias sont aujourd’hui particulièrement sensibles à ce sujet. Pas une semaine ne passe sans qu’un nouvel article ne l'aborde, schémas et études chiffrées à l’appui. Par exemple ici dans le Huffington Post ou encore ici sur le site Vox. Le New York Times est le dernier en date à avoir publié une enquête (à lire ici) sur la justice criminelle et « les injustices des arrestations liées à la marijuana ».
Même la police s’y est mise, quoique timidement, via des associations comme Law Enforcement Against Prohibition (LEAP), composée d’anciens policiers, insistant sur le fait que les forces de l’ordre ont d’autres choses à faire que de se préoccuper de délits mineurs comme la possession de marijuana, et ainsi de se mettre à dos les minorités ethniques.
Enfin, il y a l’argument financier. Il consiste à dire qu’un cannabis légal, régulé et taxé comme l’est l’alcool, peut permettre de remplir les caisses de l’État. Il s’avère particulièrement séduisant depuis 2008 et la crise budgétaire à laquelle font face de nombreux États. Dans le Colorado, la Drug Policy Alliance a ainsi financé une étude se retrouvant au cœur de la campagne pour le référendum de 2012, montrant que la légalisation du cannabis pourrait générer, d’ici 2017, jusqu’à 100 millions de revenus annuels pour l’État. Une somme que le Colorado est encore loin d'atteindre, comme nous l'avons vu dans le premier chapitre de cette série (entre janvier et mai, l'État a levé 23,6 millions de dollars), mais qui eut le mérite de séduire les électeurs.
La vidéo ci-dessous est une publicité diffusée à la télévision, dans le Colorado, durant la campagne pour le référendum sur la légalisation du cannabis. Les sommes générées par le marché illicite sont comparées aux revenus potentiels que générerait un cannabis taxé, « servant à construire des écoles plutôt qu’à des criminels au Mexique ». « For the good guys and not the bad guys (pour les gentils et non les méchants) »
En mai 2013, la Brookings Institution, très sérieux think tank de Washington, publiait un long rapport confirmant ce genre de calcul. Intitulé « La nouvelle politique de la légalisation : pourquoi l’opinion est en train de changer », à lire ici, ce rapport note que l’argument financier est de nature à convaincre de plus en plus d’électeurs.
Et il conclut en estimant que les positions complexes et parfois ambivalentes des Américains sur le cannabis sont susceptibles d’évoluer en fonction de l’expérience du Colorado et de l’État de Washington, les premiers à légaliser. Ces États se savent en effet scrutés. Les militants se doutent qu’un retour en arrière est possible et que d’autres groupes et lobbies s’opposant à la légalisation pourraient reprendre le dessus. Ils savent aussi que le futur de ces réformes locales dépend de la position des élus à Washington. Pour le moment, les autorités fédérales observent, tout en gardant leurs distances avec ce mouvement de réforme des lois encadrant la marijuana. Quelques rares élus au Congrès disent en effet soutenir ce mouvement, mais la majorité d’entre eux ne se prononce pas, estimant que le sujet est encore trop sensible.
© DR
Ci-dessus, une publicité de la campagne Grass is not greener ("l’herbe n’est pas plus verte"), s’inquiétant de la mise en place d’une nouvelle industrie tirant ses revenus de la vente d’un produit pouvant rendre dépendant. Cette pleine page est parue dans le New York Times le 2 août 2014.
Leur dernière crainte, à terme, est que ce mouvement pour la légalisation n’aboutisse à rien d’autre qu’à la naissance d’une nouvelle industrie gigantesque, comme celle du tabac. « C’est quasiment inévitable… Reste à voir combien de temps vont tenir les producteurs artisanaux qui dominent le secteur pour le moment », estime Nathan Jones, chercheur sur les politiques en matière de drogue à la Rice University, au Texas. Pour le moment, si des rumeurs courent sur le possible lancement de cigarettes à la marijuana par l’un des géants du tabac (en juin, le Los Angeles Times revenait sur de tels projets dans les années 1960 et 70), aucune société n’a encore confirmé s’intéresser de près à ce nouveau marché.
URL source: http://www.mediapart.fr/journal/interna ... nt-correct
12 août 2014 | Par Iris Deroeux - Mediapart.fr
Manifestation pour la légalisation du cannabis thérapeutique dans l'Etat de New York. © DPA
Ils sont désormais une majorité d’Américains à soutenir la légalisation de la marijuana. Ils se laissent convaincre par des arguments divers, des bienfaits médicaux du produit jusqu’à la manne financière que représente un cannabis régulé et taxé. Des messages portés par des « faiseurs d’opinion » influents : des associations et lobbies très bien dotés, s’activant sur le terrain pour faire bouger les lignes. Deuxième volet de notre série.
États-Unis, correspondance. Aux États-Unis, l’approche répressive pour lutter contre la consommation et le trafic de marijuana fait de moins en moins recette auprès de l’opinion. Le pays avance sur le chemin de la dépénalisation et de la légalisation. Deux États ont déjà légalisé la plante étoilée en novembre 2012, via des référendums d’initiative populaire : l’État de Washington, à l’ouest du pays, et le Colorado (dont nous avons parlé ici). Au moins deux autres référendums se tiendront sur le sujet en novembre prochain, en Alaska et en Oregon. Les lignes bougent et même le New York Times s’y met. Le 26 juillet, le comité éditorial du quotidien new-yorkais de tendance libérale annonçait qu’il soutenait la légalisation du cannabis à usage récréatif dans un texte inaugurant une série d’articles dédiés au sujet (ici). Cette prise de position a été jugée à la fois étonnante et courageuse aux États-Unis. « C'est une décision historique qui aura des conséquences historiques », a ainsi estimé Ethan Nadelmann, à la tête de la Drug Policy Alliance.
La Une du gratuit AM annonçant la décision du procureur de Brooklyn. © ID
En parallèle, la légalisation du cannabis thérapeutique, souvent considérée comme une première étape vers la légalisation de son usage récréatif, se propage à travers le pays : vingt-trois États autorisent désormais la « marijuana médicale ». New York est le dernier État à l’avoir autorisée, début juillet 2014, en la limitant cependant à une courte liste de maladies, comme Parkinson ou la sclérose en plaques. La Floride se prononcera sur le cannabis à des fins médicales via un référendum en novembre, et deviendra peut-être le premier État du Sud dit « conservateur » à l'autoriser.
Localement, des mesures sont aussi prises pour désengorger les couloirs des palais de justice et les prisons. Le procureur de Brooklyn, Kenneth Thompson, annonçait ainsi mi-juillet qu’il ne poursuivrait plus les personnes arrêtées pour la première fois en possession de petites quantités de marijuana.
Aujourd’hui, 55 % des Américains se disent ainsi en faveur de la légalisation du produit, contre 16 % en 1987. Seuls 19 % considèrent que la marijuana pose « un sérieux problème aux États-Unis », quand ils étaient 65 % à le penser en 1972, un an après que Richard Nixon déclara la « guerre contre la drogue » et imposa une approche très répressive censée faire baisser la consommation de drogues et lutter contre le trafic, tant aux États-Unis qu’en Amérique latine (lire un prochain article de cette série). Quantité d’études ont documenté l'échec de cette politique. Si la consommation de cocaïne a tendance à baisser, la consommation d’héroïne et de méthamphétamine augmente. Celle de la marijuana aussi : 48 % des Américains disent en avoir fumé en 2013, contre 38 % en 2003, selon le Pew Research Center.
Pour autant, le cadre légal fédéral sur lequel repose cette « guerre contre la drogue » est toujours en place. Il s'appuie sur leControlled Substance Act de 1970, classant les drogues en fonction de leur nocivité, en interdisant certaines, en régulant d’autres. La marijuana est rangée dans la catégorie 1, parmi les drogues illicites comme l’héroïne, avec un « fort potentiel d’abus » et « dont l’usage médical n’est pas autorisé ».
Ces temps-ci, si mouvement de réforme il y a, il faut donc comprendre qu’il s’agit d’un mouvement d’initiative locale, animé avant tout par des citoyens, qui aboutit à la mise en place d’un patchwork de législations différentes selon les États. Certains optent pour la légalisation de la marijuana à usage médical dans des cas bien spécifiques et très limités. D’autres cumulent marijuana médicale et marijuana à usage récréatif comme le Colorado. D’autres, comme l’Oregon, ont dépénalisé et doivent bientôt se prononcer sur l’usage récréatif… Le point commun entre tous ces États est qu’ils se mettent à chaque fois en porte-à-faux avec les autorités fédérales : aux yeux de Washington, ce qu’ils font est illégal puisque la marijuana est toujours considérée comme une substance dangereuse et illicite.
Manifestation pour la légalisation du cannabis thérapeutique dans l'Etat de New York. © DPA
Leur relative tranquillité sur le sujet tient seulement à la position adoptée par l’administration de Barack Obama. À l’été 2013, Eric Holder, à la tête du département de la Justice, adressait une directive aux agences du pays expliquant que son administration n’allait pas s’en prendre aux citoyens de l’État de Washington et du Colorado, à partir du moment où ceux-ci respectaient les lois locales. Autrement dit, pour le moment, Washington laisse faire. « Leur attitude se résume à “trust and verify” : faire confiance, mais vérifier », analyse Beau Kilmer, à la tête du centre de recherche sur les politiques en matière de drogue de la Rand Corporation.
Comment expliquer cette transformation ? Comment la marijuana est-elle passée dans l’imaginaire collectif américain d’un vice de hippie à un produit acceptable, quasi inoffensif voire vertueux, au point que certains parents l’ont adoptée comme médicament pour leurs enfants (comme nous le verrons dans un prochain article) ?
Lobbying en costume-cravate
Une du Time, en novembre 2010 © Times Magazine
Depuis les années 1970, le pays a en fait vu naître des groupes militants et des lobbies réussissant à rendre la marijuana respectable. Le discours pro-légalisation est sorti des marges et de la contre-culture pour devenir politiquement correct. Le tout, en ayant recours à des arguments divers : défense des libertés individuelles, vertus médicales de la marijuana, désengorgement des prisons, manne financière que peut représenter un cannabis légal et taxé… Assez pour séduire des électeurs de tous bords, consommateurs ou non de marijuana, démocrates et républicains, et surtout les jeunes. Ce sont eux qui portent le changement. Selon les sondages de l’université de Quinnipiac, 67 % des 18-29 ans sont favorables à la légalisation, ainsi que 58 % des 30-44 ans.
« La marijuana a une image positive auprès des jeunes, celle d’un produit à la mode comme l’était la cigarette, il y a vingt ans. Cette dernière est désormais moralement condamnable et condamnée, tandis que la marijuana est acceptable, elle est vue par les jeunes Américains comme inoffensive », commente Jenn Kaplan, conseillère santé à la Bronx Preparatory School, grande école semi-publique du Bronx, à New York, elle-même en faveur de la dépénalisation voire de la légalisation si elle est bien régulée.
Dès 1970, quand la weed est encore largement considérée comme une drogue dangereuse et moralement condamnable, une première association se met à militer sérieusement pour que la plante étoilée soit mieux acceptée. Elle se nomme NORML (National organization for the reform of the marijuana laws), et elle deviendra bientôt l’un des plus gros lobbies pro-marijuana à Washington. Keith Stroup, son fondateur, est étudiant en droit à Washington à la fin des années 1960 quand il rejoint le mouvement anti-guerre du Vietnam et commence à fumer du cannabis. Évoluant bientôt dans le milieu du lobbying, l'idée lui vient de créer un groupe de défense des consommateurs de joints. Ainsi naît le premier lobby pro-légalisation.
Inutile de dire qu’à l’époque, la victoire paraît loin : Stroup et ses troupes ont tendance à passer pour un club de fumeurs de joints aux méthodes douteuses, notamment quand ils lèvent des fonds au sein de leur « réseau », lors de fêtes organisées dans la Playboy Mansion, ou auprès de Tom Forcade, trafiquant de cannabis et journaliste underground, qui créera le magazine spécialisé High Times, en 1974. Mais Stroup y croit, portant costume et cravate, il tente de donner à sa cause un visage respectable à Washington.
De l’autre côté du pays, en Californie, des militants d’un autre genre s’activent également sur le terrain, tel Gordon Brownell. Rien ne le prédestine à militer pour la légalisation de la drogue douce : il est républicain et assistant de Richard Nixon dans les années 1960, alors en campagne pour le poste de gouverneur de l’État. Sauf que Brownell tombe amoureux d’une jeune hippie, goûte le cannabis en sa compagnie, ne voit plus trop où est le problème, et décide de résoudre ces contradictions en aidant les hippies à formuler un message sérieux pro-légalisation. Le voilà engagé dans la campagne pour le premier référendum organisé sur le sujet en Californie, en 1972. 33 % voteront en faveur de la légalisation. C’est insuffisant, mais cela permet à Brownell de poser les bases du message libertarien en matière de drogue douce, consistant à dire : « Ce que vous faites chez vous ne concerne absolument pas le gouvernement fédéral. » Un argument pro-marijuana qui s’avère être encore aujourd’hui l’un des plus séduisants auprès d’un électorat de tendance républicaine.
Dans un dispensaire de Denver © Iris Deroeux
Le combat de ces militants connaît un coup d’accélérateur grâce à la publication d’un rapport, en 1972, dont les conclusions sont pour le moins inattendues. Le très conservateur Richard Nixon avait en effet convoqué une commission pour étudier « les abus de drogues et la marijuana », afin de soutenir sa politique répressive. Sauf que la commission préconise au contraire la décriminalisation de la possession de petites quantités de marijuana (le rapport est ici).
« Sur la base de notre enquête, nous avons conclu que la société devrait chercher à décourager l’usage du cannabis, en concentrant son attention sur la prévention et le traitement des usagers consommant excessivement. La commission pense que la criminalisation de la possession de marijuana pour l’usage personnel est contre-productive et ne permet pas d’atteindre cet objectif. (…) La politique sociale et juridique actuelle est disproportionnée par rapport aux nuisances individuelles et sociales que peut causer l’usage de cette drogue », lit-on dans la conclusion du document.
Le document ne plaît pas au président, mais permet aux associations comme NORLM de muscler leur argumentaire. Cette dernière se développe, s’impose. Sous la présidence de Jimmy Carter, la voici conviée à venir discuter avec le conseiller du président sur les politiques de contrôle de la drogue. Carter est réceptif, il demandera lui-même au Congrès d’accepter les conclusions du rapport de 1972. Les élus s’y refusent, mais à travers le pays, des réformes sont déjà adoptées. Au milieu des années 1970, le Colorado, le Maine, l’Ohio, l’Alaska et la Californie dépénalisent la possession de petites quantités de marijuana.
Malades et libertariens
Cette parenthèse se referme rapidement. L’ère Reagan s’ouvre en 1981, et la croisade anti-drogue entamée sous Richard Nixon reprend de plus belle. Nancy Reagan lance sa propre campagne anti-drogue « Just Say no », extrêmement médiatisée. De nombreuses associations de parents naissent et s’activent localement, prônant la tolérance zéro à l’égard de la consommation et du trafic de drogues. Ils s’opposent aux efforts de dépénalisation entamés sous Carter au motif que la sécurité de leurs enfants est en jeu. Au même moment, NORML connaît des divisions internes qui l’affaiblissent. Son rôle change, le lobby prend progressivement sa forme actuelle, celle d’un réseau de centres de conseils médicaux et légaux à destination des consommateurs de cannabis.
C’est durant cette époque de tensions et d’hystérie autour des drogues, marquée par les ravages du crack, que le militantisme pro-marijuana change de visage et d’argumentaire. À partir des années 1980 et 1990, la défense du cannabis va notamment passer par la revendication du droit de chacun à se soigner comme il l’entend.
Dennis Peron est l’un des vétérans du combat pour la légalisation de l’usage médical de la marijuana, qui prit son essor en Californie. Depuis qu’il est revenu de la guerre du Vietnam, Peron deale, se fait régulièrement arrêter. C’est aussi un fumeur, qui aime fournir du cannabis à son entourage direct : son compagnon, atteint du sida, et tous ceux qui souffrent des mêmes maux. « L’épidémie du sida faisait des ravages, mes amis mouraient les uns après les autres, et me demandaient quelque chose susceptible de les soulager », nous explique-t-il par téléphone, depuis San Francisco.
Au début des années 1990, il crée alors le Cannabis Buyers Club, afin de fournir du cannabis thérapeutique à des malades. C’est totalement illégal, mais son initiative suscite une telle attention médiatique qu’il est relativement protégé. En 1991, un avis rédigé par ses soins est même adopté par la ville de San Francisco, suggérant à l’État d’autoriser l’usage médical de la marijuana. À partir de 1995, il commence à militer pour que la Californie adopte une loi en ce sens, et planche sur un texte qui pourrait être soumis à un référendum d’initiative populaire.
Mais Dennis Peron se rend compte qu’il manque à sa petite équipe, composée principalement d’anciens hippies, une capacité organisationnelle et des fonds. Il se retrouve donc à faire équipe avec des spécialistes de la communication, comme le consultant Bill Zimmerman, et surtout avec les nouveaux lobbies pro-marijuana en train d’émerger à Washington.
Le résultat ? La campagne menée en Californie en 1996 pour le référendum sur la légalisation du cannabis thérapeutique changera la nature du débat aux États-Unis. Comme le résume le Washington Post en février dernier : « Cette campagne a repositionné la marijuana comme un produit tonifiant en cas de cancer, de glaucome ou pour les malades du sida. Des grands-mères se sont retrouvées à la télé pour expliquer comment le cannabis soulageait leurs maux (...). » Et le "oui" l'emporte avec 56 % des voix.
Ci-dessous, Marijuana Nonna, septuagénaire, explique comment préparer du beurre de cannabis médical. Une vidéo de l’association californienne Wo/Men’s alliance for medical marijuana.
Qui sont donc ces nouveaux lobbies qui se sont investis auprès de Dennis Peron ? Ce sont d’une part la Drug Policy Alliance et d’autre part le Marijuana Policy Project, deux associations qui sont aujourd’hui au cœur des différentes campagnes locales menées aux États-Unis pour la légalisation de la marijuana à des fins médicales, la dépénalisation, et la légalisation du cannabis à usage récréatif. Leur particularité est qu’elles sont très bien dotées, car financées en grande partie par des milliardaires s’associant à leur combat.
La Drug Policy Alliance naît de la rencontre entre le chercheur Ethan Nadelmann, et George Soros, investisseur milliardaire ayant fait fortune par la spéculation. Nadelmann est fils d’un rabbin, passé par des universités prestigieuses comme Harvard et Princeton, se définissant lui-même comme fumeur occasionnel. Il se politise dans les années Reagan : la réponse politique répressive de l’époque le choque et le pousse à étudier les tenants et aboutissants de la « guerre contre la drogue » (voir un prochain article de cette série). Il en devient l’un des principaux experts. C’est ainsi que George Soros le découvre, à la fin des années 1980. Il accepte de le financer et les deux s’engagent en Californie. George Soros investit quelque 550 000 dollars dans la campagne pour le référendum californien de 1996. Non pas qu’il défende particulièrement les vertus du joint médical, mais parce qu’il estime que les politiques répressives en matière de drogues sont un échec et que la Californie est un bon moyen d’entamer des réformes.
Dans son autobiographie Soros on Soros, Staying Ahead of the Curve, parue en 1995, il estime que la politique américaine consistant à criminaliser la drogue plutôt que d’en faire un problème médical est si inepte que « le remède est souvent pire que le mal ».
Le Marijuana Policy Project, quant à lui, est fondé en 1995 par des anciens de NORLM : Rob Kampia, Chuck Thomas et Mike Kirshner. Rob Kampia en est le président, en poste encore aujourd’hui. C’est un lobbyiste de la mouvance libertarienne : en 2000, il fut candidat du parti libertarien, en lice pour un siège de représentant à la chambre du district de Washington DC. Son association est notamment financée par Peter Lewis, milliardaire à la tête d’un grand groupe d’assurance automobile, Progressive Corporation, se dédiant aux conducteurs « à risques ». Décédé en 2013, Lewis avait lui-même recours au joint médical pour soulager les douleurs causées par une amputation partielle de la jambe. Il estimait comme George Soros que la stratégie répressive était contre-productive.« Nos lois en matière de marijuana sont obsolètes, inefficaces et idiotes », jugeait-il en 2011, dans un entretien au magazine Forbes.
Si, à la différence de la Drug Policy Alliance, le Marijuana Policy Project ne se concentre que sur la marijuana, leurs objectifs sont sensiblement les mêmes : sortir de l’approche ultrarépressive, réduire voire éliminer les lois punitives au niveau local, éduquer le grand public et influencer le Congrès.
Vingt-trois États ont à ce jour légalisé le cannabis thérapeutique
À la suite du succès de la campagne californienne, ces différents groupes soutiendront donc des dizaines d’initiatives à travers le pays. L’Alaska, l’Oregon, l’État de Washington puis le Maine légalisent l’usage médical de la marijuana dans les années 1990. Suivront encore le Colorado et le Nevada en 2000. Vingt-trois États ont désormais légalisé le cannabis thérapeutique. Selon le Pew Research Center, les trois quarts des Américains estiment que la marijuana a bel et bien des vertus médicales.
Les lois adoptées sont cependant souvent plus restrictives qu’en Californie, où le flou du texte initial a donné naissance à un grand supermarché du cannabis thérapeutique. Celui-ci est accessible à quiconque prétexte des maux bénins auprès d’un médecin disposé à fournir une carte de « patient », donnant droit au joint médical. Un demi-million de personnes en possèdent une dans l’État… Une situation que José Mujica, président de l’Uruguay, premier pays à avoir légalisé l’usage récréatif de la marijuana, qualifiait d’« hypocrite », en juillet.
« Le cannabis thérapeutique permet d’avancer sur le chemin de la légalisation car il montre que l’État fédéral se trompe quand il définit la marijuana comme une drogue dangereuse n’ayant aucune valeur médicale. Autoriser le joint médical permet au grand public d’en savoir plus, de mieux se renseigner sur ce produit, et donc de faire avancer le débat », rétorque Art Way, de la Drug Policy Alliance.
Car le but ultime pour ces associations, c’est bien la légalisation de la marijuana. « Notre objectif, c’est de sortir d’une approche de la drogue reposant exclusivement sur la justice criminelle, pour proposer une politique intelligente de santé publique, poursuit Art Way. Il s’agit de changer de paradigme. »
Pour y parvenir, les associations investissent dans des études, des sondages, des conférences, des campagnes éducatives… Elles affinent leur argumentaire en fonction des préoccupations des citoyens, selon les États et les communautés ciblées. Deux arguments s’avèrent particulièrement efficaces aujourd’hui, notamment parce qu’ils sont de nature à convaincre tous types d’électeurs, même ceux qui ne consomment ni n’apprécient le cannabis.
Il y a, d’une part, l’argument selon lequel la guerre contre la drogue et notamment contre la marijuana doit cesser car elle n’a d’autres effets que d’affecter voire de détruire certaines communautés, comme la communauté afro-américaine. La grande association de lutte pour les droits civiques ACLU a ainsi rejoint le mouvement pro-légalisation pour cette raison : c’est devenu une affaire de droits civiques et de lutte contre les discriminations. Elle y a dédié un long rapport, à lire ici, où l’on apprend entre autres que les Afro-Américains ont 3,73 fois plus de chances de se faire arrêter pour possession de marijuana que les Blancs, alors que les deux groupes en consomment autant. Au total, plus de 650 000 Américains sont arrêtés chaque année pour simple possession. Les arrestations pour marijuana composent la moitié des arrestations totales pour possession de drogue.
© DR
Le sujet a fait l’objet d’ouvrages et de documentaires fouillés, très bien diffusés. Citons ainsi The New Jim Crow de Michelle Alexander, paru en 2010, et le documentaire The House I live in d’Eugene Jarecki, sorti en 2012 aux États-Unis et pas encore en France. Tous deux s’attachent à montrer comment la guerre contre la drogue a surtout abouti à emprisonner nombre d’Afro-Américains et d’Américains de milieux modestes, payant le prix d’un système judiciaire sévère, où des peines lourdes sont infligées aux récidivistes de délits mineurs. Un système faisant surtout fructifier l’industrie carcérale : les États-Unis comptent quelque 5 % de la population mondiale, mais 25 % de ses prisonniers.
Les médias sont aujourd’hui particulièrement sensibles à ce sujet. Pas une semaine ne passe sans qu’un nouvel article ne l'aborde, schémas et études chiffrées à l’appui. Par exemple ici dans le Huffington Post ou encore ici sur le site Vox. Le New York Times est le dernier en date à avoir publié une enquête (à lire ici) sur la justice criminelle et « les injustices des arrestations liées à la marijuana ».
Même la police s’y est mise, quoique timidement, via des associations comme Law Enforcement Against Prohibition (LEAP), composée d’anciens policiers, insistant sur le fait que les forces de l’ordre ont d’autres choses à faire que de se préoccuper de délits mineurs comme la possession de marijuana, et ainsi de se mettre à dos les minorités ethniques.
Enfin, il y a l’argument financier. Il consiste à dire qu’un cannabis légal, régulé et taxé comme l’est l’alcool, peut permettre de remplir les caisses de l’État. Il s’avère particulièrement séduisant depuis 2008 et la crise budgétaire à laquelle font face de nombreux États. Dans le Colorado, la Drug Policy Alliance a ainsi financé une étude se retrouvant au cœur de la campagne pour le référendum de 2012, montrant que la légalisation du cannabis pourrait générer, d’ici 2017, jusqu’à 100 millions de revenus annuels pour l’État. Une somme que le Colorado est encore loin d'atteindre, comme nous l'avons vu dans le premier chapitre de cette série (entre janvier et mai, l'État a levé 23,6 millions de dollars), mais qui eut le mérite de séduire les électeurs.
La vidéo ci-dessous est une publicité diffusée à la télévision, dans le Colorado, durant la campagne pour le référendum sur la légalisation du cannabis. Les sommes générées par le marché illicite sont comparées aux revenus potentiels que générerait un cannabis taxé, « servant à construire des écoles plutôt qu’à des criminels au Mexique ». « For the good guys and not the bad guys (pour les gentils et non les méchants) »
En mai 2013, la Brookings Institution, très sérieux think tank de Washington, publiait un long rapport confirmant ce genre de calcul. Intitulé « La nouvelle politique de la légalisation : pourquoi l’opinion est en train de changer », à lire ici, ce rapport note que l’argument financier est de nature à convaincre de plus en plus d’électeurs.
Et il conclut en estimant que les positions complexes et parfois ambivalentes des Américains sur le cannabis sont susceptibles d’évoluer en fonction de l’expérience du Colorado et de l’État de Washington, les premiers à légaliser. Ces États se savent en effet scrutés. Les militants se doutent qu’un retour en arrière est possible et que d’autres groupes et lobbies s’opposant à la légalisation pourraient reprendre le dessus. Ils savent aussi que le futur de ces réformes locales dépend de la position des élus à Washington. Pour le moment, les autorités fédérales observent, tout en gardant leurs distances avec ce mouvement de réforme des lois encadrant la marijuana. Quelques rares élus au Congrès disent en effet soutenir ce mouvement, mais la majorité d’entre eux ne se prononce pas, estimant que le sujet est encore trop sensible.
© DR
Ci-dessus, une publicité de la campagne Grass is not greener ("l’herbe n’est pas plus verte"), s’inquiétant de la mise en place d’une nouvelle industrie tirant ses revenus de la vente d’un produit pouvant rendre dépendant. Cette pleine page est parue dans le New York Times le 2 août 2014.
Leur dernière crainte, à terme, est que ce mouvement pour la légalisation n’aboutisse à rien d’autre qu’à la naissance d’une nouvelle industrie gigantesque, comme celle du tabac. « C’est quasiment inévitable… Reste à voir combien de temps vont tenir les producteurs artisanaux qui dominent le secteur pour le moment », estime Nathan Jones, chercheur sur les politiques en matière de drogue à la Rice University, au Texas. Pour le moment, si des rumeurs courent sur le possible lancement de cigarettes à la marijuana par l’un des géants du tabac (en juin, le Los Angeles Times revenait sur de tels projets dans les années 1960 et 70), aucune société n’a encore confirmé s’intéresser de près à ce nouveau marché.
URL source: http://www.mediapart.fr/journal/interna ... nt-correct
- umisays
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Et attend on est qu'au 2 sur 6 la
ha mais fallait le dire, atta bouge pas je demande direct a Dav de te réserver un espace du forum pour t'es pavés
Nan mais c'est sympa de partager man, mais déjà tu pourrais aller te présenter dans la section prévue pour
, et, post les liens plutôt parce que la je pense que personne n'aura vraiment envie de se taper tout ca même si c'est surement intéressant.
++
ha mais fallait le dire, atta bouge pas je demande direct a Dav de te réserver un espace du forum pour t'es pavés
Nan mais c'est sympa de partager man, mais déjà tu pourrais aller te présenter dans la section prévue pour
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bamboulix
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- Tahiti_Bob
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Disons que c'est un peu imbuvable sur la forme ( faudrait peaufiner la mise en page) Par contre il faut être abonné a Mediapart et je pense que c'est pour cela qu'il procède ainsi ... merci pour le partage dans tous les cas 
Quand on voit ce qu’on voit, quand on entend ce qu’on entend et quand on sait ce qu’on sait, je m' dis qu' on a bien raison de penser ce qu’on pense.
- umisays
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Ha ok
Ba va te présenter quand même
dernier mot hahahah (rire satanique pp style)
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- Tahiti_Bob
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
pas question, je veux rester anonyme et puis si t pas content c'est pareil ( cf mon pseudo) 
Nan je déconne hein j'y suis pour rien ... mais je le défends, j'aime pas qu'on chahute un type qui a de bonnes intentions , puis surtout, j'ai tendance a faire un peu pareil... et là tu me dis : "Et pourquoi que tu fais pareil Tahiti" ( oui t'as jamais parlé très bien français fo dire
) ?
Alors mon ptit Umi : Pour des trucs pas importants, c'est pour eviter aux membres d'aller sur la source s'il ne veulent pas quitter le fofo, et pour les trucs que je considère plus importants, pour que ça reste poto...un lien c'est si volatile
Bon le truc c'est les droits d'auteurs
Pour moi le dernier mot
Nan je déconne hein j'y suis pour rien ... mais je le défends, j'aime pas qu'on chahute un type qui a de bonnes intentions , puis surtout, j'ai tendance a faire un peu pareil... et là tu me dis : "Et pourquoi que tu fais pareil Tahiti" ( oui t'as jamais parlé très bien français fo dire
Alors mon ptit Umi : Pour des trucs pas importants, c'est pour eviter aux membres d'aller sur la source s'il ne veulent pas quitter le fofo, et pour les trucs que je considère plus importants, pour que ça reste poto...un lien c'est si volatile
Bon le truc c'est les droits d'auteurs
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- Petit Poney
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
J'ai pas lu (tm) .
"L'alchimie c'est la science des blaireaux"
- Tahiti_Bob
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
moi non plus c'est juste que je trouve les modos vachement oppressants en ce moment
tu verras que bientôt on pourra plus sodomiser personne 

edit : ça me fait penser à l'avatar de joke_herb

edit : ça me fait penser à l'avatar de joke_herb
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- Tyler
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Re: ☆☆ Your Daily News: revue de presse réactualisée par vou
Yo !
Mais quelle idée
Bonne journée !
Mais quelle idée
Bonne journée !
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Le Labo du Gros
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NDE_Near DEL Experience
En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : Plus ça rate, plus on a de chance que ça marche.
Ni oubli, ni pardon
Allons à l'Elysée, bruler les vieux les vieilles, faut bien qu'un jour ils payent....
Les murs ont des oreilles.Stups ou RG c'est pareil. L'appareil est déguisé, ces connards sont déguisés, l'état à beau être enlisé, les kisdés, tiennent le haut du pavé, Irokoi ou dread locks tu vas payer....dans les rues de ma ville, les lois sont subtiles, les flics déjà moins. Et l'ennemi est dans nos murs, et les murs ont des oreilles, et les temps sont durs, dans ton dos ils te surveillent,
RG FUCK OFF !
HAPPYKOLO
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Ni oubli, ni pardon
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Les murs ont des oreilles.Stups ou RG c'est pareil. L'appareil est déguisé, ces connards sont déguisés, l'état à beau être enlisé, les kisdés, tiennent le haut du pavé, Irokoi ou dread locks tu vas payer....dans les rues de ma ville, les lois sont subtiles, les flics déjà moins. Et l'ennemi est dans nos murs, et les murs ont des oreilles, et les temps sont durs, dans ton dos ils te surveillent,
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