Jamaica Nice
Je vais quand même donner mon point de vue sur la Jamaïque (forcément subjectif), ça permettra à tous de se faire une idée. Ca risque d’être longuet. Lecteur impatient que les dreads, la Jamaïque, les jamaïcains, les caraïbes et le reggae (tout ce folklore juvénile) indiffèrent voire exaspèrent, passe ton chemin, la suite gravitera péniblement autour de ces thématiques exotiques.
J’y suis donc allé à 5 reprises : une fois avec une bande de potes, 3 fois avec ma copine et enfin une fois en famille avec notre petite fille. Je l’ai fait sous plusieurs configurations : du post ado frétillant qui connaissait tout son studio one sur le bout des sticks au jeune père un peu plus soucieux de la sécurité de ses proches. Ainsi, si cela n’avait été qu’un cloaque dédié aux « chriscrafts colombiens », je n’y serais pas retourné avec une petite fille de 3 ans et sa maman enceinte, comme vous vous en doutez

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La première fois, nous sommes passés par Miami, où, profitant d’un « package » avec 3 jours dans un hôtel nous avons débarqué à Montego Bay par un bel après-midi de juillet. Détail cocasse, j’avais à peine passé la douane qu’un revendeur aussi zélé que perspicace me foutait dans les bras un gros sachet de weed pesant bien une quarantaine de grammes

. Le temps d’arriver à l’extérieur, on avait négocié 4 fois le tarif et je m’en sortais pour 30 ou 40 dollars US (ce qui était une arnaque tout à fait raisonnable vu la situation). Nouveau détail : j’avais les cheveux longs (ils le sont plus encore) et la plupart de mes interlocuteurs m’apostrophait par un « Hey rasta ! » qui me remplissait d’aise.
Ca s’est gâté ensuite : nous étions donc dans un hôtel pour ricains en plein Montego Bay, exactement ce qu’il ne faut pas faire. A chaque déplacement, on se faisait aborder une bonne vingtaine de fois (for real !) par des chieurs de toutes catégories : massages, tresses, weed, coke, champis, taxis, tout y passait. Et les mecs étaient plutôt susceptibles : la technique « on fait comme si je ne t’avais ni vu ni entendu » est par exemple très mal perçue là-bas et en abuser peut susciter de bonnes vieilles prises de tête. Même quand on fumait dans notre chambre (au septième étage !) il y avait un attroupement qui se formait en bas de l’immeuble pour nous relancer. L’angoisse…
En fait, les zones touristiques de l’île (Montego Bay, Negril, Ocho Rios) sont relativement insupportables au voyageur en quête d’authenticité et d’échanges. Elles fonctionnent comme de gigantesques aimants à démarcheurs, dealers, parasites et autres relous, ce qui génère une pression constante qui nuit au capital sympathie de cette petite île. A leur décharge, la Jamaïque n’a pas exactement le tourisme qu’elle mérite : il faut voir les groupes de ricains qui se déhanchent en cadence devant le « mono » de l’hôtel (façon « armée des clones ») sur les plages pour comprendre ça

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Quand nous avons quitté Montego Bay pour Negril (qui n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui), la pression avait déjà baissé d’un cran et le reste du voyage s’est passé merveilleusement bien.
La bonne option en fait, c’est de faire les petites villes : des sauts de puce dans tout l’île, d’aller vivre chez l’habitant (les « guest house » sont nombreuses), d’aller au marché (Let me take you to the market place… comme le dit Perfect dans une chanson de circonstance), dans les plages publiques, les petits troquets et les épiceries, sans oublier les multiples concerts, bref de partager un peu leur vie.
Ne pas hésiter par exemple à traverser une rue pour voir ce qu’on essaye de vous dire (même si votre interlocuteur porte 12 kilos de dreads sur la tête, qu’il fait 2 mètres 05 pour 120 kilos et que les 3 crayons qu’il lui reste perturbent son élocution), vous vous ferez souvent un camarade qui vous saluera la prochaine fois que vous déambulerez devant lui.
Il y a moins de racisme en Jamaïque que dans la plupart des antilles françaises (que je connais un peu). On rencontre donc facilement des gens accueillants qui prennent vraiment soin de leurs hôtes. On peut s’y faire des amis, se marier, s’y établir comme pas mal de couples mixtes… Il y a bien entendu des cons et des racistes, comme chez nous et le sarcasme existe aussi (pas pire que celui qui sévit sur les FCF) mais dans l’ensemble la Jamaïque n’a rien d’une jungle à 2 doigts de la guerre civile (out of many, one people). La violence reste majoritairement cantonnée aux grandes villes, comme souvent, et si la coke, le crack et le trafic sud américain posent un sérieux problème, on ne peut pas réduire la richesse de ce beau pays (Christophe Colomb croyait poser le pied au paradis) à ces quelques aspects dramatiques.
La musique y est omniprésente (on construit les maisons autour des enceintes) et les jamaïcains sont souvent agréablement surpris de voir des occidentaux toucher leur bille en reggae.
J’aime bien me mettre sur la terrasse pour voir les villes jamaïcaines s’éveiller (bien plus intéressantes à mes yeux que le « Paris » de Dutronc) : le handcart boy qui passe, un cycliste qui pédale sans les mains, les sonos qui redémarrent, les écoliers en uniforme qui prennent un minibus, un mec qui fait du kung-fu sur la plage, l’autre qui commence une partie déchainée de dominos (faut voir les jamaïcains jouer pour appréhender ce que ça peut être), et tout ce beau monde (sauf les écoliers) with a big spliff inna di mouth (un gros qu’ils rallumeront une petite partie de la matinée). C’est aussi ça la Jamaïque….